Lettre ouverte à Henri Chabert

Publié le par Jack

Cette brochure (lisible en html sur http://infokiosques.net/imprimersans2?id_article=319) ou à télécharger en joli sur http://infokiosques.net/IMG/pdf/lettretotal-3.pdf,  et à photocopier en recto-verso (tête bêche), puis à diffuser est très pratique pour clouer le bec à tata et tonton quand ils vous lanceront le remarquable argument quant à la biométrie, la vidéo-surveillance et le contrôle généralisé : "oh tu sais, moi j'ai rien à me reprocher...!"

EXTRAITS :

Lettre ouverte à Henri Chabert, un homme qui n’a rien à se reprocher

par Sébastien Thomasson, Grenoble, décembre 2005

Au doigt & à l’oeil : quand vidéo-surveillance et biométrie resserrent les petites mailles du filet

"Moi, j’ai rien à me reprocher, donc rien à cacher. À partir de là, je ne considère pas que les caméras empiètent sur ma vie privée. Et puis s’il faut en venir là pour vivre en sécurité, alors allons-y. Mieux vaut prévenir que guérir. Regardez Monaco, il y a des caméras absolument partout et personne ne s’en plaint !"
Henri Chabert, serveur, 53 ans, Grenoble, dans Le Dauphiné Libéré, 11/10/2005

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Où l’on rappelle que la vidéo-surveillance est un moyen parmi d’autres de "faire la police"

Cher Henri,

Tes propos dans le Dauphiné Libéré du mois dernier m’ont bouleversé. Jusqu’à présent je désespérais de te rencontrer. Aujourd’hui je sais que tu existes, et rien ne sera plus comme avant. Tu es Grenoblois comme moi, mais ton âge t’a permis d’acquérir une expérience que je n’ai pas encore.

En toute humilité, je voulais te faire part de mes réflexions sur la vidéo-surveillance. Sans doute les réponses que tu m’adresseras dissiperont-elles les derniers doutes qui me tourmentent. J’ai lu quelques articles de journaux et visité quelques sites Internet pour comprendre ce que sont les caméras. Bien sûr, en quelques phrases lapidaires dans le journal, tu as su faire le tour de ce sujet mieux que je ne saurais le faire. Je me lance quand même.

(...)

Vidéo-surveillance, transformation du mobilier urbain, police de proximité... Face à la délinquance, l’État dévoile son idéologie techno-policière : la technologie est censée répondre aux faillites sociales et politiques. Mieux : après la traçabilité des aliments et des marchandises, l’État prépare la traçabilité des individus, présentée comme seul moyen de faire disparaître les imprévus et les dysfonctionnements, là où il n’y a que les conséquences d’un système social féroce. Cette volonté de contrôle total se traduit par le renforcement des dispositifs législatifs. Rappelle-toi : en dix ans, on a vu se mettre en place le plan Vigipirate (1995, toujours en vigueur), la vidéo-surveillance dans les lieux publics (1995), les Contrats Locaux de Sécurité (1998), la Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG, mis en place en 1998 pour les délinquants sexuels, étendu en 2003 à la quasi-totalité des délits), la Loi de Sécurité Quotidienne (2001, mise en place pour trois ans mais toujours en vigueur), la Loi de Sécurité Intérieure (2003), l’Etat d’Urgence (novembre 2005, prolongé jusqu’en février 2006), la nouvelle loi anti-terroriste de Nicolas Sarkozy (votée la semaine dernière), le passeport biométrique et sans contact (à partir d’octobre 2006), la carte d’identité biométrique (projet INES présenté au printemps 2005, en attente)... Sans compter les dispositifs purement technologiques déjà mis en place ou en projet : vidéo-surveillance, repérage des individus par satellite via leur téléphone portable, implants de puces électroniques sous la peau (7), surveillance des télécommunications et d’Internet, développement de la biométrie et autres RFID ("mouchards électroniques" ou "étiquettes intelligentes")


(...)

Maintenant, Henri, la question que tu te poses peut-être, c’est à quel moment peut-on s’opposer à ce contrôle total, alors que la mise en place de chaque élément paraît innocente ? Témoins, ces trois personnes qui seront jugées le 16 décembre prochain au tribunal d’Evry pour la destruction d’un "innocent" dispositif d’authentification biométrique dans un lycée de Gif-sur-Yvette, voisin du centre de recherche du CEA-List (22). Moi aussi, ces questions m’ont paru lointaines. En lisant une fois de plus le Dauphiné Libéré elles se sont rapprochées : j’ai appris que depuis septembre dernier, en cas de tentative de vol ou de "regroupements suspects", les caméras de la Villeneuve envoient automatiquement les images à la police grenobloise (23).

(...)


Des caméras "absolument partout", pourquoi pas finalement, Henri ? Techniquement, ce sera bientôt possible. Honnête citoyen, tu ne seras jamais fiché au Grand Banditisme. Quand tu sors ce n’est pas pour poser des bombes, et tu n’as même jamais envisagé de voler un vélo. Les comptes de ton bar sont irréprochables, tu ne payes aucun fournisseur au noir, tu ne sers pas d’alcool aux mineurs et tu n’as jamais grillé un seul feu rouge. Bref, tu n’as rien à te reprocher, tu l’as dit. Alors pourquoi refuser les caméras dans la rue ? Aussi bien, pourquoi refuser les caméras dans ton salon ? Pourquoi refuser l’implantation d’une puce de localisation par GPS dans ton bras ?

(...)


 

Publié dans tracts

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video surveillance 23/02/2009 18:06

très interessant votre blog