L’anthropométrie progresse - L’humanité régresse

Publié le par Berhooz

C’est en espérant trouver une corrélation entre les empreintes digitales et, l’origine ethnique et l’hérédité, que l’anthropologue anglais Francis Galton démontra leur individualité et leur inaltérabilité chez l’individu au cours de sa vie (1). Ce Galton, cousin du célèbre Darwin, fut, non seulement l’initiateur de la biométrie, mais aussi l’organisateur du militantisme eugéniste en Angleterre. Nous lui devons d’ailleurs le terme « eugenics » qu’il inventa en 1882. En France, durant la même période, Alphonse Bertillon du Service de l’identité judiciaire, imagina l’anthropométrie comme système d’identification des criminels, par la mensuration de leur crâne, de leur coudée, et en relevant leurs signes particuliers (tatouages, cicatrices, couleur des yeux, etc.). Ces données étaient ensuite consignées dans des fiches. Quelques années plus tard, Bertillon fit ajouter sur ses fiches anthropométriques les empreintes digitales et les photographies. L’identification d’un criminel à partir de la comparaison entre les indices, notamment les empreintes digitales prélevées sur les lieux du crime, et les données figurant dans les fichiers, connut un immense succès ; cette méthode écartait apparemment les erreurs judiciaires. Certaines de ces données apparurent bientôt sur les premiers papiers d’identité. La pratique qui consistait à ficher des données anthropométriques, réservée jusqu’alors aux malfrats, se généralisait ainsi à l’ensemble des détenteurs de ces documents d’identité. Puis plus tard, sous le vocable de criminel, on désigna l’opposant au régime, l’homosexuel, le juif, le gitan… Aujourd’hui ces techniques et leurs évolutions bénéficient de l’assistance et du traitement informatiques, et donc de la possibilité de croiser facilement les fichiers.

La science et les technologies, totalement compromises dans la course à l’innovation, ont donné lieu à un monde dépourvu de sens. Ce monde, qui prétend avoir tourné la page des années les plus sombres de son histoire, a en réalité progressé vers une inhumanité non moins totalitaire. Howard Rheingold, prospectiviste américain, annonce même que « dans dix ans, la notion de vie privée telle que nous la définissons n’existera plus » (2). Mais cet intellectuel de profession se félicite de l’avancée des nouvelles technologies dans les modes d’actions contestataires et collectives (organisation de manifestations etc.). Complice du pouvoir, même quand il parait le combattre, celui-ci fait mine d’oublier que les moyens de contrôle et de surveillance à la disposition des États modernes seront proportionnels aux technologies de masse mises sur le marché qu’ils auront à affronter, mais aussi en avance sur elles. Si aujourd’hui, à Pékin, les téléphones portables servent au gouvernement chinois à contrôler la population (« un SMS a été envoyé à des milliers de citoyens pour les dissuader de se rendre à une “manifestation illégale” »)(3) , nous imaginons très bien la puissance de contrôle que représentent le fichage biométrique et la vidéosurveillance généralisés, dont un État menacé pourra disposer (4). Ce Rheingold est apparemment un homme moderne et ne fait pas grand cas des dommages que lui font immanquablement subir les nouvelles technologies.
L’homme moderne s’en fout. Colonisé par l’esprit marchand, il se réjouit de ce que le marché produit. Il frétille même d’impatience et de désir à l’évocation de chaque nouveauté. L’industriel joue sur du velours. Et lorsqu’il doit faire face à quelques réticences de la société, il saura faire les alliances d’intérêts et pourra toujours compter sur l’aide des pouvoirs publics (5).

Le 17 novembre avait lieu la première action directe contre la biométrie en France. Un groupe s'étant introduit dans le lycée de la Vallée de Chevreuse détruisait les bornes biométriques d'accès à la cantine en distribuant des tracts (6). Trois personnes doivent comparaître devant le Tribunal de Grande Instance d'Evry le 16 décembre pour répondre de cette action.
Faisons le procès de la biométrie et du monde qui l’a engendrée !



Winston Smith, le 8 décembre 2005.




1 - Fingerprints paru en Angleterre, en 1892.
2 - Le Monde, 27 et 28 novembre 2005.
3 - Ibid.
4 - Cf. Sébastien Thomasson, Au doigt et à l’œil – quand vidéo-surveillance et biométrie resserrent les petites mailles du filet, http://infokiosques.net/article.php3?id_article=319
5 - Cf. p. 35 du Livre Bleu 2004 du Groupement des industries de l’interconnexion des composants et des ensembles électroniques, http://www.gixel.fr/.
6 - Cf. http://nantes.indymedia.org/IMG/pdf/dossierdepresse-biometrie-2.pdf.


Trouvé sur : http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&id=1676

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