Racisme d'Etat & biométrie

Publié le par Coordination contre la biométrie

De passage au Japon pour revoir ma belle-famille - autant que goûter quelques bons bols de soba - j’ai pu constaté la mise en place des contrôles biométriques aux frontières japonaise, soit la prise des empreintes et la photo du visage.

J’ai eu la confirmation du traitement différenciant les étrangers à la frontière japonaise, pour la plupart migrants fraîchement débarqué à Narita ou Kansai International. Ce fichage biométrique à grande échelle ne concerne que les invités - guest only - un privilège que les gaikokujin céderaient bien volontiers. Cette manière plutôt indélicate d’être introduit au “beautiful japan” vanté par les autorités du pays instaure de facto une forme de ségrégation envers les étrangers dès leur arrivée. Yokoso Nippon!

Re-entry Japan - du stressCette entorse à la pourtant appréciée tradition d’accueil japonaise du maré-bito, « celui qui apparaît rarement », s’applique de la même humiliante manière aux résidents étrangers de longue date porteur de l’alien registration card, et donc déjà assujettis à une procédure de traçabilité.

Je ne peux m’empêcher de songer aux nombreux couples mixtes - ou non - ayant enfant dans l’archipel et de l’humiliation ressenti par le père ou la mère, au passage devant le scrutateur assermenté. Tout est fait pourtant pour que ce contrôle paraisse indolore, moderne ; une formalité ludique pour un ostracisme cool en quelque sorte. Voir sur ce sujet la fine analyse sur la conception des affichettes disponible ici.
On réfléchit et on milite intelligemment pour dénoncer cette discrimination (sabetsu) sur le site collaboratif multilingue Re-Entry Japan qui vise principalement à exclure de ce contrôle les résidents de longue date. Une pétition en ligne est également disponible ici et les débats pro-con sur cette délicate question sur les forums France-Japon.net

Ce nouveau dispositif de filtrage humain illustre “le mimétisme servile” si souvent l’apanage de la politique étrangère japonaise sur la position américaine pour reprendre l’expression du Professeur Susumu Kudo. Un dispositif qui n’exclut pas les intérêts proprement japonais, comme ceux des industriels de l’Archipel équipant les douanes japonaises des appareils ad-hoc, s’il fallait ajouter un détail au tableau.

Ces nouvelles mesures biométriques aux frontières japonaises peuvent se comprendre - sans qu’il soit prouvé que ces contrôles soient réellement efficaces par ailleurs - pour faire face aux menaces terroristes ; la France comme d’autres pays européens est en passe d’ailleurs mettre en place un système similaire dans les mois à venir, dans le prolongement des accords établis avec les Etats-Unis.

Néanmoins le contrôle systématique des résidents de longue date se pose comme un acte de défiance envers ces hommes et femmes d’origine étrangère qui ont choisi de vivre au Japon.
Quant à l’influence escompté de ces mesures dans la lutte contre la criminalité au Japon on se prend à rêver d’un audit dans quelques mois.

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