Les Roms, indésirables en France et en Europe

Publié le par Coordination contre la biométrie

Bien que citoyens de l'Union européenne, les Roms subissent évacuation, expulsion et fichage
Anne Rodier et Laetitia Van Eeckhout
Le Monde, 1er août 2008

Indésirables, en France comme ailleurs en Europe, les Roms,
ballottés d'un bidonville à l'autre, font l'objet d'évacuations régulières.
Ce qui permet de ficher progressivement l'ensemble de la
communauté. A Lille, 70 personnes ont été expulsées de leur terrain
mardi 29 juillet; 55 autres ont été renvoyées de Saint-Etienne pour la
Roumanie le 17 juillet. Et d'ici à la fin août, quelque 633 Roms seront
évacués du plus grand camp de France situé à Saint-Ouen (Seine-
Saint-Denis) sur un terrain où doivent être construits des logements sociaux.
Mercredi 30 juillet était le dernier jour offert aux Roms de Saint-Ouen
pour postuler à projet de réinsertion.

L'Etat et les collectivités locales vont créer sur la commune un « village
d'insertion ». Si plus de 300 se sont portés candidats, pas plus d'une
centaine d'entre eux pourront s'y installer. Les services sociaux
expliquent qu'un village d'insertion ne peut accueillir plus d'une vingtaine de
familles. Les autres devront partir. Le sous-préfet de l'arrondissement de
Saint-Denis, Olivier Dubaut, prévient : « Nous ne tolérerons pas de camps
sauvages. »

Dans des projets similaires, seules 21 familles ont été sélectionnées à Saint-
Denis, et 18 à Aubervilliers. « La volonté politique manque. Seul un
soutien financier européen permettrait de réaliser des projets de plus grande
ampleur » estime Marie-Louise Mouket, responsable de Pact Arim 93.
Cette association d'insertion par le logement a été chargée par la mairie
de Saint-Ouen d'effectuer une enquête sociale. Elle permettra au préfet de
juger, sur des critères laissés à sa discrétion, les familles qui ont « la
volonté de s'intégrer dans la société française », sur le plan professionnel,
scolaire et linguistique. « Ceux qui ne répondent pas aux critères relèveront
d'une obligation à quitter le territoire français », assure M. Dubaut.
Au final, 400 Roms de Saint-Ouen sont menacés d'expulsion, et 94 se
sont inscrits auprès des services de l'immigration (Anaem) pour repartir
volontairement en Roumanie. Selon le ministère de l'immigration, le montant
de l'aide au retour est maintenu à 300 euros par adulte. Mais à Saint-Etienne
et à Saint-Ouen, les Roms affirment qu'on ne leur a promis que 150 euros.

PRÉLÈVEMENT DE SALIVE

Quoi qu'il en soit, la plupart ne veulent pas partir en Roumanie. « On
veut rester en France. Après la fermeture du camp, on ira ailleurs, on
ne veut pas retourner en Roumanie, jamais. Ce qu'on veut ? Avoir le droit
de travailler, ici », lance Sorin Boti, 34 ans, carreleur, vivant au camp de
Saint-Ouen. Repartis volontairement ou non, rien n'empêche ceux qui le
souhaitent de reprendre un car pour la France.
Depuis qu'ils sont entrés dans l'Union européenne le 1er janvier 2007,
Roumains et Bulgares demeurent soumis à des dispositions particulières
en matière de travail. Mais ils sont des citoyens européens à part entière,
bénéficiant de la liberté de circulation, comme l'a rappelé le
Conseil d'Etat le 19 mai. Comme les autres européens, ils doivent au-delà
de trois mois de séjour, « soit disposer d'un emploi, soit posséder
des moyens suffisants de subsistance », selon la circulaire du 22 décembre
2006, spécialement publiée par le ministère de l'intérieur, à la veille de
leur entrée dans l'Union. Faute de remplir ces conditions de séjour,
Roumains et Bulgares sont susceptibles d'être expulsés. Sur les
23 186 étrangers expulsés en 2007, 2 271 Roumains et 810 Bulgares ont été
renvoyés dans leur pays, de gré ou de force.
Les milieux associatifs dénoncent régulièrement l'absurdité de ces
expulsions, car les Roms reviennent en France. Sur les 55 personnes
parties de Saint-Etienne le 17 juillet, deux sont déjà revenues en deux
semaines, affirme Georges Gunther, responsable du Réseau de Solidarité
avec les Roms. Sur cette agglomération, la communauté rom
reste stable depuis cinq ans, avec 250 à 300 personnes.
Pour éviter qu'ils ne reviennent en France et ne bénéficient plusieurs fois
de l'aide au retour humanitaire, la loi du 20 novembre 2007 prévoit un
fichage biométrique des bénéficiaires d'une aide au retour. Le décret
d'application est encore en cours de préparation.
Mais dans les faits, le recensement a commencé. A Saint-Ouen, l'enquête
sociale - à laquelle les Roms ont massivement participé, constitue en
effet un fichier précis qui sera remis à la préfecture : identité, date d'entrée
en France, profil professionnel, médical et scolaire. Un recensement
complété par les dossiers de l'Anaem qui travaille en étroite collaboration
avec la police. A Saint-Etienne, la mairie indique ouvertement que «
l'objectif des contrôles, c'est d'enregistrer dans un fichier les
identités pour délivrer des OQTF dans trois mois, avant les évacuations. »
A Alès (Gard), des Roms bénéficiaires de l'aide au retour ont
été convoqués par la police pour prise d'empreintes digitales, photo, et
prélèvement de leur salive. « Une affaire de proxénétisme impliquait des
mineurs et c'est dans ce cadre que l'autorité judiciaire a procédé à ces
relevés », précise un conseiller de M.Hortefeux. Et celui-ci d'insister : le
fichage biométrique ne s'appliquera pas aux seuls Roms. Il n'en reste pas
moins qu'en France, comme en Italie, le fichage des Roms a commencé.

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