Nés sous X et biométrie

Publié le par Blair

Ces nés sous X rattrapés par le secret de leurs origines

Cyrille Louis .
 Publié le 30 septembre 2006
Actualisé le 30 septembre 2006 : 21h43

Les documents d'état civil exigés pour l'établissement d'un passeport biométrique peuvent être explosifs. Parfois, c'est tout un passé d'enfant abandonné qui remonte à la surface.

 
Quelles précautions prendre au moment de remettre à un administré la copie intégrale de son acte de naissance, lorsqu'on sait que ce document risque de lui révéler le secret de ses origines ? La question, que tout officier d'état civil s'est posée un jour, revêt une acuité particulière depuis la récente introduction du passeport biométrique. Pour obtenir ce document, il est en effet indispensable de produire son acte de naissance. Or, cette formalité, peut entraîner de douloureuses révélations pour certaines personnes adoptées ou nées sous X. «Par crainte de provoquer un traumatisme, les mairies ont tendance à renvoyer leurs administrés vers le parquet, remarque le député (UMP) Philippe Cochet, qui a récemment interrogé le ministre de l'Intérieur sur ce thème. Plusieurs centaines de personnes attendent actuellement une réponse, sans que l'administration ait été formée à gérer des situations humaines aussi délicates.»
 
 
 
ÉTABLI sur papier jaune pâle et rédigé d'une belle écriture penchée, le document, intitulé un peu brutalement «procès-verbal d'abandon», porte la date du 20 août 1946 et l'en-tête de la ville d'Oran. Depuis la décolonisation, il est conservé aux archives de l'état civil de Nantes et aurait fort bien pu n'en jamais sortir. Pourtant, au coeur de l'été 2005, l'administration en a adressé une copie à Jacques Sanchez, 59 ans à l'époque. Quelques jours plus tôt, ce consultant installé en région parisienne avait formulé par Internet une demande d'acte de naissance dans le cadre des recherches généalogiques menées par son épouse. Sans imaginer que sa démarche, banale en apparence, allait lever le voile sur un secret enfoui depuis plus de cinquante ans par l'ensemble de sa famille.
 
«Sur le coup, je dois reconnaître que ça m'a bousculé», lâche l'homme, élégant et pudique. De sa voix de fumeur, légèrement rocailleuse, il livre chaque détail des quelques jours qui, il y a un an, ont fait basculer sa vie. Et prévient, philosophe : «A mon âge, il ne m'appartient ni de condamner, ni de pardonner à mes parents adoptifs d'avoir gardé le secret, ou à ma mère biologique de m'avoir abandonné. En revanche, je ressens aujourd'hui le besoin de connaître mes origines, quitte à prendre le temps qu'il faudra pour être fixé.»
 
Élevé par un père préparateur en pharmacie et par une mère sans profession, d'abord en Algérie puis, à partir de 1961, en France, Jacques Sanchez a certes longtemps vécu avec l'intuition qu'il ne savait pas tout de ses origines. Adolescent, il se rappelle ainsi avoir «tiqué» en réalisant lors d'un cours de biologie que son rhésus sanguin n'était pas compatible avec celui de ses parents, ou encore en cherchant en vain des photos de lui bébé. Plus tard, il s'est aussi étonné en découvrant que le 20 août 1946, jour de sa naissance, était un mardi – et non un dimanche, comme sa mère le lui avait toujours indiqué. «Sur le moment, ces indices m'ont troublé, reconnaît-il. Mais ces doutes n'ont jamais été levés, pas même à la mort de mes parents.»
 
Abandonné quelques heures
 
En juillet 2005, il a finalement fallu que sa femme le pousse à demander une copie intégrale de son acte de naissance pour que le secret de sa naissance affleure, en quelques jours seulement. «Début août, une cousine a révélé à mon épouse que toute la famille était au courant», précise Jacques Sanchez. Cette parente, heureuse de pouvoir enfin «soulager sa conscience», raconte alors comment l'enfant a été adopté en 1947, alors qu'il avait à peine plus d'un an, à la pouponnière de l'hôpital d'Oran. À l'époque, explique-t-elle encore, les parents adoptifs ont imposé le plus strict silence à l'entourage. Sur le «procès-verbal d'abandon», une rayure tracée au stylo noir recouvre désormais le nom qui était le sien à sa naissance : Jacques Mairin.
 
Au début août 2005, l'homme obtient enfin, sous cette identité, la copie intégrale de son état civil. En le lisant, il découvre qu'il a été abandonné quelques heures seulement après être venu au monde. Par qui ? Dans quelles circonstances ? Il se renseigne sur Internet, apprend qu'un Mairin venu des Vosges s'est installé à en Algérie au XIXe siècle.
 
Recherche d'indices
 
Au début septembre 2006, Jacques Sanchez s'est rendu en Algérie en compagnie de son épouse, dans l'espoir d'y retrouver sa propre trace. À l'évêché d'Oran, à la Ddass, à l'orphelinat, il a cherché en vain des indices pour recomposer l'histoire de sa venue au monde. «Je rêvais de lever le mystère qui entoure mon nom de naissance et de savoir, au moins, si ma mère avait laissé une lettre, si j'ai été découvert avec une étiquette autour du cou ou si j'ai été déposé sur le guichet des admissions alors que l'employé avait le dos tourné», explique-t-il. Il n'obtiendra pas de réponse.
 
Rentré en France il y a quelques jours seulement, Jacques Sanchez se dit «déçu» mais il n'a pas pour autant renoncé à élucider le secret de sa naissance. Lorsque, l'an dernier, son fils, aujourd'hui médecin, a découvert la vérité, il s'est dit «bluffé» que ses grands-parents n'en aient jamais parlé. Jacques, lui, assure comprendre, encaisse et tente de résumer : «Plus je me pose des questions sur les circonstances exactes de ma naissance, plus je me dis que j'ai finalement eu de la chance d'atterrir dans ma famille adoptive.»

trouvé sur le figaro.fr

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xav 08/10/2006 12:34

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