BIOVISION

Publié le par gigi

Communiquer sur les biotechnologies : l'exemple de Biovision
écrit le 31/03/07 à 14:33:02 par anonyme

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COMMUNIQUER SUR LES BIOTECHNOLOGIES

Si Biosquare est un marché où se rencontrent chercheurs et entreprises du secteur biotechnologique en vue de négocier de fructueux contrats, Biovision peut être considérée isolément comme une entreprise de "communication" en faveur des "biotechnologies". Le terme "communication" doit bien sûr être compris ici en son sens "moderne" que l’on aurait pu traduire autrefois par le mot "propagande".

Or, si dans l’organisation même du Forum, une moitié de l’activité revient à communiquer, il convient donc d’insister sur le fait que l’activité "communicationnelle" y est réellement cruciale, complexe et qu’elle concentre en définitive beaucoup de moyens.

Parler de la communication de Biovision/Biosquare et de son impact, revient d’une certaine façon à démonter une poupée russe. Il s’agit de comprendre le Forum Biovision par la manière dont ce Forum formalise un discours favorable aux biotechnologies, par la stratégie argumentative qui l’inspire, mais aussi par la forme que prennent les Forums Biovision proprement dits, le choix des canaux médiatiques qui vont permettre à son message d’être diffusé et enfin par les types de public spécifiques qu’il s’agit d’atteindre ainsi.

Avant tout, la stratégie argumentative de Biovision doit répondre aux objectifs globaux de Biovision/Biosquare lesquels recoupent un certain nombre d’objectifs de la Mairie (Communauté Urbaine) de Lyon : en l’occurence donner au Forum (à la ville, l’agglomération) une stature mondiale, favoriser localement la création d’emplois à hauts revenus dans le secteur des biotechs, mettre en valeur les entreprises et les centres de recherche déjà implantés et enfin diffuser dans "l’opinion" un discours favorable aux biotechnologies.

Ce dernier aspect s’avère d’ailleurs stratégique puisque sans acceptation des biotechnologies par le grand public et par les acteurs, c’est la pérennité du Forum et/ou sa capacité à atteindre ses objectifs qui s’en trouveront affectés. L’opposition de l’opinion publique aux OGM, aux clonages et à d’autres joyeusetés réunies sous le beau vocable de "biotechnologies" a d’ailleurs tellement bouleversé les anticipations des industriels, en particulier en Europe et spécifiquement en France que cela a nécessairement été le problème n°1 qui s’est posé aux communicateurs de Biovision/Biosquare.

La conjonction qui s’est opérée dans le monde des "sciences de la vie" au cours des années 90 et qui a mené à la fusion d’entreprises pharmaceutiques et d’entreprises semencières travaillant à la mise sur le marché d’OGM, est le phénomène qui explique l’émergence du Forum Biovision/Biosquare sous sa forme actuelle . Même si ces choix de fusions industrielles ont depuis lors été abandonnés par la plupart des entreprises pharmaceutiques (à l’exception notable de Bayer) du fait du naufrage financier que l’opposition aux OGM a occasionné en Europe, c’est cette perspective, la grande convergence des "sciences de la vie", qui persiste à innerver la façon dont Biovision/Biosquare est conçue et ce sur quoi sa communication se fonde.

Ce Forum réunit en effet le secteur médical et pharmaceutique qui est très important sur l’agglomération lyonnaise, aux laboratoires et entreprises spécialisées dans les secteurs émergents de la nanobiologie, des applications de l’ingénierie génétique dans l’élaboration d’enzymes alimentaires, de bio-carburants, de bioplastiques, de chimères (OGM, animaux génétiquement modifiés), d’ animaux clonés et autres productions si prometteuses. Cette conjonction d’activités certes "cousines" au sein du Forum Biovision/Biosquare, souvenir d’un avenir radieux qui a déchanté, a oeuvré à la consolidation pérenne d’une conjonction d’intérêts défendue chaque jour par Biovision/Biosquare.

OCCULTER ET ENJOLIVER

Le peuple s’oppose à ce que nous fassions nos petites affaires ? Qu’à cela ne tienne, on va l’endormir !!! Ne parlons pas d’OGM, de clones et autres mots si négatifs, changeons les mots pour que rien ne change.

Pour Biovision, élaborer une bonne stratégie de communication a d’abord signifié qu’il fallait occulter tous les termes et les problématiques qui nuisent potentiellement à la bonne image du Forum et de son objet, au profit d’un terminologie nouvelle qui tiendrait lieu de vaseline.

Biovision/Biosquare travaille en effet à la promotion des "sciences de la vie", des "biotechnologies", termes fourre-tout qui permettent de réunir quantités d’activités et de produits pas nécessairement bien vus de l’opinion publique sous des appellations à priori positivement connotées. Comment critiquer la vie ? Comment critiquer la science sans passer pour un rétrograde, un passéiste ? La technologie c’est l’avenir, s’y opposer c’est défendre le passé. Tels sont les sous entendus premiers véhiculés par les choix communicationnels opérés par Biovision.

L’argumentaire généralement déployé découle ensuite de ce postulat. Il s’agit pour Biovision d’insister sur ce qui se présente à priori comme le plus facile à mettre en valeur, en l’occurence la médecine, la pharmacie, activités ô combien nobles puisqu’elles oeuvrent à sauver des vies. Ce faisant on invalide par avance toute critique, on se pare d’un voile virginal.

Les OGM, les AGM, le fichage ADN, la biométrie, etc.. produits et services qui sont eux aussi recouverts par le voile pudique des vocables positifs ne seront pas cités, on pourra incidemment y faire allusion dans la communication mais de manière indirecte, à travers des produits nouveaux ou des phrases vagues. En mettant en avant délibérément le médical et le pharmaceutique, on s’abstient ainsi de prêter le flanc à la critique en occultant ce qui fâche. De même que si Biovision se met en avant auprès de l’opinion publique c’est pour mieux faire oublier Biosquare, le marché d’affaires où se négocient les contrats, où se réalisent les affaires, là où les choses se passent vraiment mais dont on parle très peu ou pas du tout.

L’argument avancé ensuite est celui du poids économique du secteur dans la région et les perspectives mirifiques en terme de création d’emplois à haute valeur ajoutée qu’il laisse espérer. Que cet argumentaire relève de la manipulation, voire du mensonge, n’empêchera pas bon nombre de journalistes de le reprendre benoîtement. En ce qui concerne le nombre de salariés, les chiffres généralement donnés agglomèrent artificiellement tout le personnel des hôpitaux de la région (même les femmes de ménages !!) et de l’industrie pharmaceutique, aux rares personnels de labos qui travaillent spécifiquement sur les biotechnologies "émergentes".

Au contraire de ce que nous annoncent tous les journaux, les biotechnologies "émergentes" ont un poids économique fort réduit et regroupent un nombre de salariés fort restreint, simplement çà ne se voit pas si l’on intégre dans le calcul tout le poids économique du secteur pharmaceutique et hospitalier ! Quels que soient ces accommodements avec le réel, la perspective de créer des emplois locaux nouveaux s’avère fort vendeuse en ces périodes de délocalisations chinoises ou roumaines, fusse au prix d’un tour de passe passe arithmétique.

QUAND BIOVISION DEVIENT UN LOBBY

Le peuple s’oppose à ce que nous fassions nos petites affaires ? Qu’à cela ne tienne, on va s’adresser aux vrais décideurs !!!

Si les journalistes succombent aux mirages des créations d’emplois, les politiques ne sont pas en reste. Ne votent-ils pas dans toutes les instances locales (Mairie de Lyon, Communauté Urbaine, Conseil Général, Conseil Régional) les budgets publics qui assurent encore pour cet exercice 2007 de Biovision/Biosquare la moitié de son financement ? S’il est un public privilégié de la communication de Biovision, ce sont bien nos politiques locaux, et l’argument économique y a trouvé des oreilles bienveillantes.

Au fil des années, Biovision a d’ailleurs pris le visage d’un lobby constitué qui oeuvre à plein temps et pas seulement au gré de la périodicité de ses Forums. En tant que telle son activité de communication n’est donc pas nécessairement une activité saisissable au commun des mortels, mais elle s’adresse de plus en plus souvent à des cercles restreints de décideurs politiques, industriels et scientifiques sous le couvert de la confidentialité.

Parce que nous n’avons pas le bonheur d’appartenir à de semblables cénacles, nous ne pourrons rien dire de plus à ce sujet.

On peut cependant constater le succès de cette activité souterraine, à l’aune de l’unanimité de toutes les instances politiques de la région, en faveur de la défense des intérêts des biotechnologies.

LES FORUMS BIOVISION comme entreprises de communication.

Si les Forums Biovision sont en tant que telles des entreprises de "communication", arrêtons nous un peu sur la manière dont ils sont organisés. Conformément à ce qui a été dit plus haut, les thématiques qui y sont abordées répondent à des problématiques médicales, pharmaceutiques et humanitaires. Les discours y dégoulinent le plus souvent de belles intentions. On y invite d’ailleurs toutes sortes d’individus prestigieux et de scientifiques renommés...

Pour bénéficier de leur prestige et travailler à sa renommée internationale, Biovision est même capable d’inviter des aéropages de prix Nobels dont l’activité principale peut d’ailleurs n’avoir aucun rapport avec les thématiques abordées.

Enfin et pour se donner l’allure d’un lieu de débat ouvert et démocratique, ses promoteurs n’hésitent pas non plus à inviter des opposants, à savoir Susan Georges d’Attac ou Bruno Rebelle de Greenpeace qui sont des opposants résolus des OGM.

Ce qu’ils ont pu y dire n’a de toute façon pas d’importance, pas plus que le fait que le débat auquel ils ont participé ait pris la forme d’un dialogue de sourds. Ce qui importe c’est qu’ils sont venus et qu’il ont cautionné le Forum par leur simple présence.

LES CANAUX DE LA COMMUNICATION

Non content de s’adresser directement aux décideurs politiques, Biovision a jusqu’à présent visé tout particulièrement deux types de médias, à savoir les médias locaux et les médias spécialisés.

Biovision/Biosquare s’est appuyé sur les médias locaux lyonnais, en l’occurence France 3 et le Progrès, voire un magazine totalement affidé : Acteurs de l’économie. La proximité géographique de ces médias et les relations privilégiés qui ont pu être tissé avec eux ont assuré une retranscription non conflictuelle de l’argumentaire biovisionnaire.

En ce qui concerne les médias spécialisés, ils ont permis de toucher les scientifiques et les professionnels du secteur, la multiplication des interviews qui leur ont été accordés prouve l’importance de ce vecteur d’information pour les communicateurs de Biovision. Ce faisant ils ont assuré la renommée grandissante du Forum dans le petit monde restreint des biotechnologies mondiales mais ils ont aussi permis d’attirer de plus en plus de professionnels du secteur à chaque édition.

En ce qui concerne le faible recours aux médias généralistes nationaux, généralement prompts à relayer la contestation anti OGM, cela me semble un choix délibéré de communication. Fidèles en cela à une tradition bien lyonnaise, les communicateurs biovisionnaires ont préféré évité de se faire connaître du grand public français, histoire de ne pas faire naître d’éventuelles polémiques préjudiciables à la sérénité des affaires.

Les nouveaux partenaire médias 2007 marquent un nouveau virage dans la politique de communication de Biovision.

La Revue Nature, référence scientifique mondiale permettra de toucher l’ensemble de la communauté scientifique planétaire tout en bénéficiant de son prestige incontesté.
Euronews, chaîne de télévision francophone diffusée internationalement et sise dans la banlieue de Lyon sera sans doute un partenaire très accommodant, à la hauteur de ses difficultés financières actuelles. Ses téléspectateurs sont de plus réputés être des décideurs, ils correspondent donc à l’un des publics cibles privilégiés de Biovision.

Publié dans george parle...

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