Alerte à la biométrie... mieux vaut tard?

Publié le par Ricoco

 
Alerte du Comité d'éthique sur la biométrie
Les sages réclament un encadrement plus strict de ce mode d'identification.
Par Eric FAVEREAU
QUOTIDIEN : vendredi 1 juin 2007
Cela se développe un peu partout. Au lycée, à l'aéroport, ou en entreprise privée, les mécanismes d'identification biométrique de la personne se multiplient. On identifie, et on surveille. Hier, dans un avis rendu public, le Comité national d'éthique estime «indispensable la mise en oeuvre d'un réel contre-pouvoir face à la généralisation excessive de la biométrie». 
La biométrie, c'est évidemment vieux comme le monde. Mais depuis une vingtaine d'années, tout s'est accéléré. Les techniques se multipliant, allant des empreintes génétiques jusqu'à l'analyse de l'iris. Partout, on est ainsi observé, identifié, catalogué. Puis enregistré dans des fichiers. Avec un risque réel : la mise en rapport de toutes ces données. «Malgré leur apparente neutralité, ces données peuvent être détournées... En se fondant par exemple sur une analyse des préférences alimentaires des voyageurs ou des clients de grandes surfaces, il est possible, note le rapport du Comité d'éthique, de tirer des informations concernant les croyances personnelles de consommateurs, ou d'autres éléments susceptibles de servir à des études de marché...» Ce risque de détournement est aggravé, pour les sages, par la possibilité désormais de transmettre de telles données par des techniques performantes de télémétrie.

Exemple : «Le passeport biométrique récemment mis en service dans 27 pays d'Europe et d'Amérique illustre bien les risques d'abus de la télémétrie. Des expertises convergentes ont montré que la confidentialité des données transmises à partir des puces électroniques intégrées au passeport biométrique était illusoire.» 
Dans ces conditions, les sages estiment que «la généralisation, la centralisation et la divulgation, même accidentelle, d'informations biométriques doivent impérativement être efficacement encadrées».

Ils recommandent «un contrôle étroit, sous la responsabilité des autorités judiciaires et de la Cnil, de tout recours systématique à des identifiants communs, et une interdiction de l'interconnexion des fichiers». Mais aussi la création d'une
«autorité qui puisse établir avec précision la liste des conditions dans lesquelles ces techniques ne devraient en aucun cas être utilisées»


http://www.liberation.fr/actualite/societe/257467.FR.php

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DONNÉES PERSONNELLES ]
Le Comité d'éthique tire à boulets rouges sur la biométrie
Face aux menaces qui pèsent sur les « libertés citoyennes » et pour contrer d'éventuelles dérives policières liées à la biométrie, le CCNE demande la mise en place d'un « réel contre-pouvoir ».

Philippe Crouzillacq , 01net., le 04/06/2007 à 14h30

On a beau être sage, on n'en est pas moins homme, c'est-à-dire sujet à des crises d'angoisse par rapport au monde qui vient. La preuve par l'exemple avec les dernières recommandations publiées le jeudi 31 mai sur la biométrie, par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE). Le recours aux caractéristiques biologiques pour identifier les individus (empreintes digitales, iris, traits du visage, etc.) est en plein essor.

A l'ère du passeport biométrique (et de ses premiers ratés), du développement de la RFID (identification des objets sans contacts), et du projet INES (identité nationale électronique sécurisée du ministère de l'Intérieur), le CCNE a décidé de faire entendre sa voix avant qu'il ne soit trop tard.

Le comité d'experts « estime indispensable la mise en oeuvre d'un réel contre-pouvoir face à la généralisation excessive de la biométrie ». Toujours selon le CCNE, « la CNIL, devrait se voir conférer le statut et les moyens permettant de mieux garantir son efficacité et son indépendance ». Une formule diplomatique pour dire que ce n'est bien évidemment pas le cas aujourd'hui.

Vers un grand débat public

En conclusion de son analyse, le CCNE recommande notamment que soit solennellement réaffirmée la légitimité du secret protégeant l'intimité de la personne, et en particulier ses aspects corporels, familiaux ou sexuels. Il demande « le placement des fichiers d'empreintes génétiques sous le contrôle d'un magistrat du siège hors hiérarchie » ainsi qu' « une stricte application des dispositions relatives au consentement préalable au recueil des données » tout comme « une limitation effective de tout recueil effectué à l'insu des intéressés ».

Enfin, le CCNE invite « à un débat public sur la généralisation abusive du recueil des données identifiantes et leurs implications éthiques ». Pour que chacun prenne conscience des évolutions qui s'annoncent. On ne saurait être plus réservé.

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