Capitalisme & sécurité

Publié le par Coordination contre la biométrie

Le boom persistant du marché de la sécurité

JEAN CHICHIZOLA.
 Publié le 08 octobre 2007
Actualisé le 08 octobre 2007 : 07h49

Le Salon Milipol, au Bourget, est l'une des vitrines mondiales de l'antiterrorisme : 950 exposants vont y montrer leurs découvertes en matière de biométrie, de vidéosurveillance et de gardiennage.

 
LE MARCHÉ de la sécurité ne s'est jamais aussi bien porté : plus de 25 % de croissance l'année dernière en France dans le secteur de l'antiterrorisme, plus de 15 % dans celui de la biométrie, plus de 10 % dans la vidéosurveillance, une croissance globale de 7,2 %. La meilleure preuve ? La bonne santé du Salon Milipol, l'une des trois vitrines mondiales, et la plus ouverte à l'international du secteur, avec China Police à Pékin et le Salon des chefs de police aux États-Unis.
 
Sur les 950 exposants présents à partir de demain et jusqu'à vendredi au Bourget, 608 sont étrangers, représentant pas moins de 44 nations. Du gardiennage à la sûreté des aéroports ou à la sécurisation des lieux publics, le champ est vaste et le climat international, entre montée de la délinquance et menace terroriste, des plus porteurs.
 
Le boom de la sécurité ne se limite naturellement pas à la France. Selon le bimensuel spécialisé En toute sécurité, le marché mondial était de 350 milliards d'euros l'an dernier, en progression de 9 % par rapport à 2005. À elles seules, les industries américaines représentaient 45 % de ce total, l'Europe 31 % (5 % pour la France), l'Asie 17 % et le reste du monde 7 %. Selon une étude présentée à l'occasion du Milipol 2007, ces parts de marché pourraient évoluer à l'horizon 2010 : les États-Unis (avec 42 % du marché mondial) et surtout l'Europe (22 %) perdraient du terrain, l'Asie atteindrait les 19 % du marché et le reste du monde en représenterait 17 %.
 
Aussi impressionnants soient-ils, ces chiffres témoignent également de la relative modestie du marché de la sécurité en comparaison des autres secteurs industriels, ce qui souligne d'ailleurs les marges de progression encore existantes. Une progression soutenue par les investissements importants réalisés par les premières puissances mondiales. Aux États-Unis, le budget du ministère de la Sécurité intérieure (Homeland Security) devrait augmenter en 2007 de 5 %, en dépassant les 30 milliards de dollars. L'Allemagne prévoit un budget de 123 millions d'euros pour la recherche et le développement des nouvelles technologies pour la sécurité civile, et le budget de la sécurité et des renseignements britanniques a doublé depuis les attentats du 11 septembre 2001.
 
Les industries du secteur surfent-elles sur la vague de terreur créée par Oussama Ben Laden et ses complices ? Elles ont profité de leur impact, notamment sur l'opinion publique mondiale, mais l'explication semble toutefois un peu simpliste au préfet Alain Rondepierre, ancien directeur de l'équipement de la police nationale et président de Milipol. « Le marché est en réalité en progression permanente depuis vingt ans. Ce qui correspond au début de la montée significative de la délinquance et de la criminalité. Le 11 Septembre n'a donc pas été une inflexion fondamentale. »
 
Le Vieux Continent handicapé par l'absence de politique concertée
 
Reste que les attentats aux États-Unis ont poussé les spécialistes à mettre les bouchées doubles. En soulignant a contrario les faiblesses françaises et européennes. Dès 2002, Washington a ainsi lancé de grands programmes structurants. Plus encore, les États-Unis ont su s'imposer en matière de normes réglementaires et techniques. En clair, ils ont rapidement compris l'intérêt de fixer les règles du jeu dans le plus grand nombre de domaines possibles : le transport aérien, la biométrie, le transport de marchandises et notamment de conteneurs. L'Union européenne s'efforce de résister, comme c'est le cas pour les passeports et les visas.
 
Sur le plan industriel, elle a lancé plusieurs programmes d'aide financière. Treize projets européens sont ainsi en cours de développement dans le cadre de l'« action préparatoire pour la recherche de la sécurité » de la Commission européenne. Réunissant les plus grands noms de l'industrie, ils couvrent aussi bien la protection des infrastructures de transport que la surveillance, « la création d'un tissu européen » ou les « aspects réglementaires ».
 
Leur montant reste toutefois modeste et ne suffit pas à pallier le handicap principal du Vieux Continent, dans ce domaine comme dans d'autres : l'absence de politique concertée et de volonté politique. Conséquence : les concurrents extérieurs à l'Union font souvent leur marché en rachetant des sociétés nationales leaders dans chaque pays de l'Union. C'est notamment le cas en France où les sociétés américaines ont procédé à de nombreuses acquisitions. Alors que le Vieux Continent est plus que jamais menacé par le terrorisme et les violences urbaines, l'avenir de son industrie de sécurité intérieure sera européen. Ou il ne sera pas.
 

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Candide 25/10/2007 10:33

Bonjoursans polémique on peut tout aussi bien voir dans la biométrie un "outil" au service de l'individu. Inutile de conspuer l'auteur de ce blog, d'autres l'ont déjà fait, mais intéressant de connaître les arguments que vous lui opposez.cordialement CandideLire sur LibreCoursStatistiques Ethniques : le débat http://www.librecours.biz/article-13297055.html