AGIR

CONTRE LA BIOMETRIE

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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 01 2006 19:11
 

La Cité des sciences et de l’industrie de la Villette accueille pour un an une exposition sur la biométrie, intitulée "Le Corps identité". Et ce, avec la prétention de contribuer au débat sur ces technologies en plein développement, et en y mettant une soi-disant objectivité.

 

Or, cette exposition est soutenue par Sagem Morpho, du groupe Safran. Cette société est tout simplement spécialisée dans les produits biométriques. Elle se vante même d’être "la première entreprise mondiale dans ce domaine". Elle fabrique des systèmes biométriques permettant d’identifier les empreintes digitales, l’iris et le visage. Ses machines servent d’ailleurs à animer l’exposition de la Cité des sciences. L’entrée de l’exposition nous place d’emblée au cœur du sujet. Un sas permet au visiteur d’enregistrer son empreinte digitale et l’image de son visage. Le lecteur d’empreinte est bien entendu un produit Sagem. Tout au long de l’exposition, le visiteur sera alors identifié lorsqu’il voudra participer à un nouveau jeu et sa photo apparaîtra sur l’écran de l’ordinateur.

Les organisateurs cherchent à flatter le narcissisme des visiteurs. Ces derniers sont tout émus de découvrir qu’on les reconnaît ; que l’on s’adresse à eux personnellement dès lors qu’ils sont identifiés par leur empreinte digitale. Ils existent. Pour des machines, certes. Mais dans une société où le lien social se délite, quel plaisir d’être enfin RECONNU ! Des jeux permettent par exemple au visiteur de rechercher à quelle famille son empreinte appartient : arche, verticille ou atypique ? Autre animation : comparer sa photo avec son Eigenface, une image reconstituée informatiquement à partir de modèles de visages. Il est également proposé d’identifier son iris et de signer plusieurs fois sur une tablette graphique afin de tester l’efficacité de la technique biométrique appelée signature dynamique. Un système qui se base sur le geste pour identifier les individus.

Une exposition qui se veut didactique

D’autres stands se veulent plus sérieux. Sur l’un d’entre eux, on tente de faire réfléchir le visiteur sur l’identité. Un autre s’intéresse au corps des Français. Il montre au passage les avantages de la technique laser qui mesure un corps en 10 secondes alors que la bonne vieille toise n’était, est-il affirmé, même pas précise. L’histoire de la biométrie est aussi exposée. On apprend que l’homme préhistorique utilisait son empreinte pour signer. Alors, pourquoi pas nous aujourd’hui ? Qu’en 1892, un policier argentin a identifié, pour la première fois, un criminel par ses empreintes digitales. Les fiches anthropométriques de Bertillon, cet inventeur de la police scientifique, ne sont pas éludées. Histoire peut-être de dire que la biométrie est une technique ancienne et qu’il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter. On n’oublie pas non plus l’anthropométrie subjective et ses théories qui prétendaient établir l’existence de traits physiques criminels. Mais la biométrie d’aujourd’hui est scientifique et efficace, veut-on suggérer, puisqu’on peut même la tester dans des jeux. Des cartes d’identité, l’exposition veut bien admettre qu’elles ont parfois été "discriminantes", mais elle ne dit pas que Pétain les a rendues obligatoires et que la mesure a facilité l’arrestation des Juifs.

 

Un petit tour du monde nous explique que la biométrie est déjà utilisée dans de nombreux pays : des USA à l’Australie en passant par le Brésil et Israël qui utilise un système biométrique pour surveiller les travailleurs palestiniens qui franchissent leur frontière quotidiennement. Alors, pourquoi la France resterait-elle un pays arriéré ? Car c’est bien le message permanent de cette exposition. Un film de huit minutes met en scène deux jeunes qui débattent des avantages et des inconvénients de la biométrie. Le pro-biométrie est clairement présenté comme le personnage moderne, tandis que l’autre, qui se méfie de cette nouveauté, est un ringard doublé d’un peureux. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) est là pour contrôler d’éventuelles dérives, assure par exemple le moderne.

La CNIL cautionne évidemment cette exposition. Elle est présentée comme partenaire technique. De nombreux panneaux informatifs développent ses fonctions et ses recommandations. Pour renforcer le caractère didactique et prétendument objectif de l’exposition, on a droit à des enregistrements sonores d’opposants comme la présidente de l’association IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire).

Les organisateurs, qui cherchent à intéresser un public jeune, n’ont pas lésiné sur les moyens. Ils présentent un dessin animé qui est une version biométrique du Petit Chaperon rouge. Dans un monde futuriste, le petit chaperon rouge part chez sa grand-mère malade pour lui apporter des gâteaux. Le loup l’espionne. Elle démarre sa voiture avec son empreinte digitale, mais l’auto tombe en panne. Elle appelle alors une copine avec son portable digital et celle-ci arrive en un clin d’œil. Elle lui prête sa voiture biométrique : facile, elle n’a qu’à la démarrer. Et voilà le petit chaperon rouge sur la route. La jeune fille s’arrête au distributeur de billet qui l’identifie par son iris. A la boulangerie, les gâteaux défilent sur des tapis roulants. Pas besoin de la traditionnelle boulangère pour servir ; et en plus, on paye "cardless" (sans carte), biométriquement. Manque de chance, le petit chaperon rouge ne peut plus redémarrer la voiture de sa copine (eh oui, elle n’a pas son empreinte digitale sur elle !). La voilà repartie à vélo. Le loup, lui, utilise les transports en commun, plus rapides et dont l’accès est évidemment biométrique ! Il arrive avant le petit chaperon rouge chez la grand-mère et, comme dans le conte, prend sa place dans le lit. La jeune fille entre par la fenêtre puisque le système biométrique d’ouverture de la porte ne fonctionne pas. Elle réalise trop tard, grâce à une authentification ADN de la salive du loup, que ce n’est pas sa grand-mère. Mais finalement, elle tombe amoureuse de son agresseur. Happy end ! Et qu’est-ce qu’on s’amuse avec la biométrie ! Il suffit de lire les commentaires du livre d’or pour s’en rendre compte.

Les objectifs du Gixel sont atteints, merci la Cité des Sciences !

Le Groupement des industriels de l’électronique, le Gixel, dont fait partie la Sagem, peut se réjouir. La Cité des sciences, musée national, a fait totalement siens les objectifs énoncés dans le Livre bleu 2004 du Gixel : "Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes : éducation dès l’école maternelle [...],introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux [...], développer les services “cardless” à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet". Il ne fait aucun doute que les organisateurs de cette exposition ont suivi à la lettre les recommandations du Livre bleu 2004. Mais, honteusement, ils n’y font pas référence.
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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 01 2006 19:13
 

Quʼest-ce que la biométrie ? La biométrie, cʼest le mot high tech employé aujourdʼhui pour désigner une science vieille de plus dʼun siècle : lʼanthropométrie. Elle a été rebaptisée pour cacher ses origines et ses buts ; celle-ci servait à lʼorigine et jusquʼà aujourdʼhui à la police et à la science criminelle pour identifier les criminels, les délinquants, les hors-norme, sans compter les « mal-pensants ». Vers 1900, avec Bertillon, on commence à utiliser les photographies dans les fichiers de police, puis les empreintes digitales, jusquʼà ce que la biométrie serve aux nazis pour authentifier et trier tous ceux quʼils envoyèrent dans les camps de la mort. Cette technique, couplée à la mise en place de la carte dʼidentité obligatoire sous Vichy, en France comme dans de nombreux autres pays dʼEurope fut le support scientifique à lʼhorreur de la déportation. Puis elle servit à tous les régimes totalitaires qui ont vu le jour au XXème siècle à travers le monde pour repérer et éliminer les esprits libres et autres trouble fêtes. Mais les désirs de progrès galopant et les innovations technologiques sʼenchaînant dans un rythme effréné, nous voici tous devant une réalité bien dure à regarder : ces systèmes biométriques et leurs logiques de contrôle absolu commencent à sʼétendre dans toutes les sphères publiques et privées jusquʼau collège-lycée Maurice Ravel de paris 20ème. La technologie biométrique permet dʼauthentifier lʼidentité dʼune personne grâce à son propre corps : empreintes digitales, iris, contour du visage, gabarit de la main, etc. Une machine vient prendre la place de la personne sensée contrôler un accès : plus besoin de parler ni de présenter une carte : une machine se charge désormais de transformer une partie de mon corps en code numérique et hop, on est au top du progrès, génial. Une quinzaine de lycées ou collèges en France ont adopté ce dispositif pour vérifier que les élèves ne fraudent pas à la cantine, ou pour pallier aux pertes de cartes, cataclysmes abominables pour lʼorganisation dʼune vie scolaire ! Ces derniers appareils fonctionnent ainsi : on vous enregistre une première fois le contour de la main dans une machine, puis vous retenez un code à 7 chiffres, votre main étant envoyée dans une base de données dont le proviseur devient le « responsable de traitement ». Tout naturellement, le nom quʼa choisi le Conseil de lʼEurope pour les élèves se soumettant à cette procédure est « enrôlé ». Voilà, cʼest fait, plus dʼélèves, plus de parents dʼélèves, mais des enrôlés et des parents dʼenrôlés, donnant pleine au confiance au proviseur, pardon, au « responsable de traitement ».


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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 01 2006 19:15
Quand, à la fin du XIXe siècle, Galion en Angleterre commença ses recherches sur les empreintes digitales et Bertillon en France inventa la photographie judiciaire "pour l’identification anthropométrique" (c’était le terme de l’époque), de tels procédés étaient exclusivement réservés aux criminels récidivistes.

Aujourd’hui, une société se profile où on se propose d’appliquer à tous les citoyens des dispositifs qui étaient jusque-là destinés aux seuls délinquants. Selon un projet qui est déjà en voie de réalisation, le rapport normal de l’Etat à ce que Rousseau appelait les "membres du souverain" sera la biométrie, c’est-à-dire le soupçon généralisé.

Au fur et à mesure que les citoyens, sous la pression de la dépolitisation croissante des sociétés postindustrielles, se retirent de toute participation politique, ils se voient traités de plus en plus comme des criminels virtuels. Le corps politique est ainsi devenu un corps criminel.

Les dangers d’une telle situation sont évidents pour tous sauf pour ceux qui refusent tout simplement de voir. On ne sait pas assez que ce sont des photos tirées des cartes d’identité et des cartes professionnelles qui ont permis aux polices nazies des pays occupés de repérer et d’enregistrer les juifs et qui ont facilité ainsi leur déportation. Que va-t-il se passer le jour où un pouvoir despotique disposera de l’enregistrement biométrique de toute une population ?

Or cela est d’autant plus inquiétant que les pays européens, après avoir imposé le contrôle biométrique aux immigrants, s’apprêtent à l’imposer à tous leurs citoyens. Les raisons de sécurité invoquées en faveur de ces pratiques odieuses ne sont pas convaincantes, car si elles peuvent contribuer à empêcher la récidive, elles sont bien sûr inutiles pour prévenir un premier délit ou un acte de terrorisme. En revanche, elles sont parfaitement efficaces pour le contrôle massif des individus. Le jour où le contrôle biométrique sera généralisé et où la surveillance par caméra sera établie dans toutes les rues, toute critique et tout dissentiment seront devenus impossibles.

Les jeunes étudiants qui ont détruit le 17 novembre les bornes biométriques dans la cantine du lycée de Gif-sur-Yvette ont montré qu’ils se souciaient bien davantage des libertés individuelles et de la démocratie que ceux qui avaient décidé ou accepté sans broncher leur installation.

J’exprime ma solidarité aux étudiants français et déclare publiquement que je refuserai de me prêter à tout contrôle biométrique et que je suis prêt pour cela à renoncer à mon passeport comme à toute pièce d’identité.

LE MONDE | 05.12.05 | 14h48

Giorgio Agamben est professeur de philosophie à l’université de Venise, et a abandonné son poste de professeur à l’université de New York l’année dernière en raison des contrôles biométriques imposées par les Etats Unis.

A la suite de l’action lors de laquelle deux appareils biométriques ont été détruits au lycée de Gif sur Yvette le 17 novembre dernier, il a tenu à témoigner d’un soutien public envers les inculpé-e-s et à déclarer publiquement son intention de refuser tout papier d’identité biométrique, européen ou national. Il s’agit ici d’une prise de position claire qui aide à décriminaliser la destruction de biens dont sont accusé-e-s les 3 étudiant-e-s qui passent en jugement le 16 décembre prochain au tribunal d’Evry.

(Agamben, bibliographie :

Agamben (G.), Stanze. Paris, Payot & Rivages (coll. « Rivages poche-Petite Bibliothèque », 257), 1998.
-  Agamben (G.), Enfance et histoire. Paris, Payot (coll. « Petite Bibliothèque Payot », 387), 2000.
-  Agamben (G.), Le Langage et la mort. Paris, Christian Bourgois Éditeur (coll. « Détroits »), 1997.
-  Agamben (G.), Idée de la prose. Paris, Christian Bourgois Éditeur (coll. « Détroits »), 1988.
-  Agamben (G.), La Communauté qui vient : théorie de la singularité quelconque. Paris, Seuil (coll. « La librairie du XXe siècle »), 1990.
-  Agamben (G.), Moyens sans fins. Paris, Payot & Rivages, 1995.
-  Agamben (G.), Bartleby ou la création. Saulxures, Circé, 1995.
-  Agamben (G.), Homo sacer I. Le pouvoir souverain et la vie nue. Paris, Seuil (coll. « L’ordre philosophique »), 1997.
-  Agamben (G.), « L’immanence absolue : une vie », p. 165--188, in É. Alliez (dir.), Gilles Deleuze, une vie philosophique. Le Plessis Robinson, Institut Synthélabo (coll. « Les empêcheurs de penser en rond »), 1998.
-  Agamben (G.), Homo sacer III. Ce qui reste d’Auschwitz : l’archive et le témoin. Paris, Payot & Rivages, 1999.
-  Agamben (G.), Le Temps qui reste. Paris, Payot & Rivages, 2000.
-  Agamben (G.), L’ouvert, de l’homme et de l’animal. Paris, Payot & Rivages, 2002.
-  Agamben (G.), Homo Sacer II. État d’exception. Paris, Seuil (coll. "l’ordre philosophique"), 2003. L’Homme sans contenu)

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Vendredi 6 janvier 2006 5 06 01 2006 19:55

 

Vendredi 06 janvier 2006
 
 
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Un système biométrique remplacera, d’ici aux vacances de février, la traditionnelle carte de cantine au collège Maurice-Ravel (20º). Présenté hier, ce système, qui a coûté 3 500 euros , permet la reconnaissance du contour de l’image géométrique de la main, après saisie sur un clavier du code de la carte de cantine.

Sur les 350 élèves qui fréquentent quotidiennement la cantine, ils étaient de plus en plus nombreux à oublier leur carte, ces derniers temps. Aussi l’inspection du Trésor avait-elle demandé au collège de s’équiper d’un système sécurisé. « Je dois savoir où se trouvent, à l’heure du déjeuner, les élèves mineurs qui sont sous ma responsabilité », ajoute la principale du collège, Françoise Mikhailoff-Raslovleff.

La Cnil (commission nationale de l’informatique et des libertés) affirme qu’il n’y a aucune entrave à la liberté, estimant que « ce dispositif recourt à une biométrie qui ne laisse pas de traces. Il ne pose pas de difficultés au regard de la loi ». « On laisse plus d’informations sur soi en saisissant un verre », lance l’intendante du collège. Elle ajoute que « le système ne marche qu’avec le numéro de la carte, les informations recueillies ne pourront être utilisées à autre chose ».

La principale de l’établissement précise enfin que les enfants dont les parents ne donneraient pas leur accord pourront continuer à « badger » comme avec l’ancien système. Pauline Théveniaud
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Lundi 9 janvier 2006 1 09 01 2006 16:45
 
[politis]

Marion Dumand

Trois étudiants passent en jugement pour avoir détruit des bornes biométriques installées sans autorisation dans des cantines scolaires. C’est l’occasion de s’interroger sur le développement de cette technique, dangereuse pour les libertés.

 

Le vendredi 15 décembre, le tribunal de grande instance d’Évry jugera Julien, Célia et Anne-Sylvie pour destruction de bien public. Public certes, mais illégal, installé sans autorisation au lycée de la Vallée-de-Chevreuse, à Gif-sur-Yvette, comme dans des dizaines d’autres établissements scolaires en France, tout aussi hors la loi. Qu’auraient donc détruit ces trois jeunes diplômés de la Sorbonne, accompagnés de quatorze « complices », le 17 novembre ? Des bornes d’accès à la cantine, utilisant les données biométriques des élèves.

Biométriques ? Peu savent ce que recouvre ce processus d’identification. Plus rares encore sont ceux qui en connaissent les applications concrètes et actuelles, jusqu’à l’État, fort laxiste en la matière. C’est d’ailleurs cette ignorance qu’entendaient souligner les auteurs de l’action anti-biométrie (1) : « Nous pensons, argumente ce mouvement, que le simple fait que des machines biométriques soient en fonctionnement dans certains secteurs de la société (écoles, aéroports, entreprises, prisons et autres bâtiments publics) sans qu’il y ait eu de débat public sur la question, constitue déjà une atteinte grave à la notion de société libre. »

La biométrie comprend, selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), l’ensemble des procédés tendant à identifier un individu à partir de l’ADN, la rétine, l’iris, les empreintes digitales et palmaires, la reconnaissance faciale, la géométrie du contour de la main, la voix ou l’écriture manuscrite. C’est ainsi que les élèves du lycée pouvaient accéder à la cantine en plaçant leur main dans une machine qui en reconnaissait le contour. Inoffensif ? Pas si sûr... Toute utilisation des procédés biométriques doit d’ailleurs faire l’objet d’une autorisation par la Cnil, depuis la modification en août 2004 de la loi Informatique et libertés (2). Car ces données, d’après la Cnil, permettent « à tout moment l’identification de la personne concernée sur la base d’une réalité biologique qui lui est propre, qui est permanente dans le temps et dont elle ne peut s’affranchir ». Grossissons le trait : avec une carte d’identité nationale biométrique, Vichy aurait eu peu de mal à contrer la résistance clandestine et ses faux papiers. Sans aller jusque-là, le Conseil de l’Europe met en garde (3) : « La biométrie n’en est qu’à ses premiers pas et l’on sait peu de chose sur ses possibles inconvénients. Une fois que cette technique aura été adoptée à grande échelle, un développement irréversible, porteur d’effets imprévisibles, pourrait être amorcé. »

Opaque et souvent illégal, le recours à la biométrie dans les cantines scolaires représente la partie émergée d’un iceberg politique et économique. En 2004, le Gixel (Groupement des industries de l’interconnexion des composants et des sous-ensembles électroniques) a remis au gouvernement son Livre bleu : « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. [...] Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour entrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine. »

Quel contrôle pour ces procédés, notamment en milieu scolaire ? L’État ignore le nombre de cantines biométriques. Les ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur se disent incompétents en la matière, les cantines relevant des collectivités territoriales. Certes. Mais la décision d’installer ces systèmes est prise par les chefs d’établissement ou les intendants, et la biométrie touche de près aux libertés publiques... La Cnil, quant à elle, ne dénombre que les installations ayant demandé l’autorisation. Quatre collèges et lycées l’ont reçue ; entre cinq et dix, selon la Cnil, sont en cours d’examen. Pourtant, le lycée de Gif-sur-Yvette, qui n’a pas attendu l’autorisation de la Cnil pour installer un système biométrique, est loin d’être un cas unique. Les chiffres communiqués par quelques fournisseurs en biométrie en témoignent. « Nous avons, depuis 2002, équipé une trentaine de collèges et lycées dans le sud de la France [...], explique Yves Castel, PDG d’Int-system. Les établissements [...] se situent dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes. » La société Zalix estime, elle, avoir équipé une quinzaine d’établissements scolaires, principalement en Île-de-France. DMI systèmes, deux. « C’est un nouveau marché, analyse M. Ballinger, commercial dans cette entreprise qui s’occupe de 600 cantines. Mais il y a un effet boule de neige très rapide. À la rentrée 2006, une dizaine d’établissements scolaires en Île-de-France ont prévu d’en installer. » Par dizaines donc, des cantines biométriques s’implanteraient en toute illégalité et en toute opacité sur le territoire, bien souvent financées par les départements et les régions, notamment à Marseille, à Cannes, à Nice et à Sainte-Maxime, pour un coût allant de 4 000 à 20 000 euross.

Lire la suite dans Politis n° 880

(1)contrebiometrie@yahoo.fr

(2) Auparavant, une simple déclaration pouvait suffire.

(3) Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques (2005).

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Lundi 9 janvier 2006 1 09 01 2006 16:50

[l'humanité]

Justice . Trois étudiants accusés d’avoir détruit deux appareils d’identification électronique dans la cantine d’un lycée de Gif-sur-Yvette (Essonne), comparaissent aujourd’hui à Évry.

C’est une nouvelle forme de militantisme qui va être jugée aujourd’hui. Le parallèle avec les procès contre les anti-OGM n’est pas loin. Le tribunal correctionnel d’Évry (Essonne) va statuer en comparution immédiate sur le sort de trois étudiants. Julien, Anne-Sylvie et Célia ont entre vingt-deux et vingt-six ans et sont tous titulaires d’un diplôme de troisième cycle en philosophie ou en ethnologie. Les arcanes de la pensée de Nietzsche ou de Schopenhauer, les us et coutumes

népalaises alimentent leur quotidien. Ce que la justice leur reproche ? Non pas l’arrachage de pieds de maïs transgénique, mais la destruction de deux bornes biométriques installées dans la cantine d’un lycée à Gif-sur-Yvette (Essonne). Des « faits de violence » au regard de la loi, que les trois têtes pensantes, qui évoquent une « action de sensibilisation », contestent.

Le proviseur s’est porté partie civile

C’était le 17 novembre dernier. Affublés de masques de clown blanc et vêtus de sacs poubelles, une vingtaine de personnes ont investi le lycée de la vallée de Chevreuse, situé dans la technopole de Saclay. Devant une centaine d’élèves, une pièce de théâtre est jouée et des tracts sont lancés pour dénoncer, non seulement la présence des appareils de contrôle biométrique à l’entrée du self, mais plus globalement l’intrusion de plus en plus massive de dispositifs de contrôle dans la vie quotidienne. Le message est clair : « Demandons-nous si un monde sans caméras de surveillance, sans ordinateurs, et sans portables, ne serait pas plus vivable ».

Durant la saynète, les deux bornes biométriques sont détruites avec des masses au cours de cette « opération de sensibilisation ». Pris à partie par des surveillants, et même des élèves, la vingtaine d’activistes sont finalement pourchassés. Trois sont rattrapés et livrés aux gendarmes. Ceux-là mêmes qui occuperont, libres, le box des accusés. Le proviseur de l’établissement, lui, s’est porté partie civile et réclame réparation pour les 20 000 euros de dégâts. Il ne comprend pas. Ces bornes, expliquait-il, sont présentes pour faciliter l’accès à la cantine, évacuant du coup les problèmes de cartes perdues. Rien à voir avec un quelconque filtrage de ses ouailles.

Pour autant, les arguments des détracteurs sont nombreux concernant la dizaine d’établissements scolaires déjà équipés de systèmes biométriques dans le pays.

« Dès l’école maternelle »

Dans le cas du lycée de Gif, la CNIL, chargée de délivrer les autorisations d’installation, n’avait pas encore donné son aval. Et puis, comme le souligne Me Irène Terrel qui représente les trois prévenus, « ces bornes sont mises en place sans concertation des parents ou des élèves ». Pour l’avocate, « c’est le procès de la biométrie, qui fait partie d’un fonctionnement antidémocratique », le débat public n’ayant pas eu lieu. Et de citer les nombreux chercheurs, personnalités reconnues, associations et syndicats (LDH, IRIS, Syndicat de la magistrature, FSU, etc.) qui n’ont cessé de dénoncer les dangers de la biométrie et ses dérives liberticides, en prenant position contre la carte d’identité INES ou les passeports biométriques : des « papiers » électroniques contenant des informations sur l’apparence physique, l’ADN, les antécédents. C’est peu dire que le prétoire, ce jour, servira de tribune politique. « Il s’agit de désobéissance civile, pointe encore Me Terrel. Face à un modèle calqué sur Big Brother. »

Illustration : le livre bleu du Gixel (1) remis au gouvernement pour expliquer comment conditionner les populations à la biométrie. Parmi les préconisations : « introduction dans des biens de consommation, de confort ou de jeux... », « développement des services « cardless » à la banque, au supermarché... », ou encore « éducation dès l’école maternelle ». George Orwell n’aurait pas imaginé mieux.

(1) Groupement des industries de l’interconnexion des composants et des sous-ensembles électroniques.

Sophie Bouniot

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Lundi 9 janvier 2006 1 09 01 2006 17:16

 [indymedia]

la nuit dernière j'ai écouté à 2h du mat 1/2h de pub pour la biométrie sur france inter !

Pas un mot sur ceux qui sont contre ni sur les dérives biométriques qui sont pourtant dénonçés partout ! !

Pas un mot sur le Gixel et son livre bleu qui veut imposer aux enfants les systèmes sécuritaires qui ne passent pas sur leurs parents, pas un mot sur les antibiométries qui risquent le procès pour qu'on débatte enfin de ce sujet.

L'invitée, parti prenante du lobby de la biométrie se lamente que la biométrie passe mieux à l'étranger ! avec une évocation maigrelette du contexte sécuritaire sans aucune critique, bien sur ça fait marcher le business biométrique le tout sécuritaire, les marchands d'armes ne vont pas se mettre à critiquer la guerre !

Au final, cette émission est une véritable publicité ou l'auditeur est obligé de ne retenir que le côté ludique de la biométrie, un peu comme si on invitait dassault pour parler de la jolie couleur de ses avions !

Osmose Par Fabienne Chauvière invitée enthousiaste Bernadette Dorizzi (expo biométrie à la villette) http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/osmose/ Le dimanche de 1h à 3h émission du dimanche 8

Bernadette Dorizzi : chercheuse à L'INT http://www.int-evry.fr/ responsable du. département EPH (Electronique et Physique) Responsable du groupe de recherche "Intermédia "et coordinatrice du projet GET- Bio- Identité (vérification biométrique multimodale de l'identité) responsable du projet européen Biosecure projet Biomet, http://www.int-evry.fr/news/cp/2003/CPBiometrie21oct2003.shtml
comment démystifier ce sujet qui effraie ? (sic)

Trois équipes du GET, à Télécom Paris, à l'INT et à Eurécom, participent à un ensemble de projets de recherche sur les techniques et les usages de la biométrie, coordonné par l'INT et dont l'objectif est l'authentification en temps réel d'une personne à partir de ses caractéristiques physiques.

Constituer une base multimodale de données biométriques La biométrie multimodale nécessite de réaliser la fusion entre les différentes modalités biométriques.
http://www.get-telecom.fr/archive/127/biometrie.pdf

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Mercredi 11 janvier 2006 3 11 01 2006 18:01
Le procès de ce jour 16 décembre, au cours duquel 3 inculpé-e-s comparaissaient pour destruction de bornes biométriques dans une cantine scolaire, a été reporté au vendredi 20 janvier 2006. la raison en est qu’un léger problème de santé empêchait leur avocate de se déplacer ce jour au tribunal d’Evry.

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Madame, monsieur,

Le procès de ce jour 16 décembre, au cours duquel 3 inculpé-e-s comparaissaient pour destruction de bornes biométriques dans une cantine scolaire, a été reporté au vendredi 20 janvier 2006. la raison en est qu’un léger problème de santé empêchait leur avocate de se déplacer ce jour au tribunal d’Evry.

Nous tenons à remercier encore une fois tou-te-s celles et ceux qui se sont déplacées pour nous soutenir (nous étions une centaine), qui nous ont apporté des témoignages, ou qui par leurs quotidiens, leurs luttes et leurs soutiens, veulent continuer à mener ce combat contre la biométrie. Cela ne signifie en aucun cas une dissolution du collectif qui va user de ce répit pour épaissir le dossier de la défense et faire du ram-dam.

Une réunion publique aura lieu le 10 janvier au CICP, 21ter, rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, 19h30. (cf tract ci-joint à diffuser).

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texte du tract :

SANS HÉSITATION AUCUNE
SOLIDARITÉ AVEC LES OPPOSANT-E-S À LA BIOMÉTRIE

EN CE MOMENT MÊME, tout le monde participe à l’installation ici et là d’appareils biométriques, prélude à une généralisation du contrôle d’identité biométrique à tout le monde et dans tous les secteurs de la société.

Les industriels participent ; attirés par la création d’un nouveau marché, ils exercent leur activité de lobbying (Cf. le « livre bleu » du Gixel, groupement d’entreprises d’électronique). L’État participe ; le projet d’une carte d’identité obligatoire, contenant les caractéristiques biométriques du porteur (iris et empreintes digitales), est en place et ouvre la possibilité d’un fichage de toute la population d’ici quatre ans. Les institutions para-étatiques participent ; la Cnil avalise les installations, c’est son rôle.

La Cité des Sciences monte une exposition hyper-médiatisée destinée à nous habituer à l’idée d’une omniprésence de cette technique de contrôle.

Les proviseurs de lycée participent ; ils installent des appareils dans les cantines, par dévotion pour la technologie, parce que « ça fait moderne », parce que « c’est efficace ». Les associations comme Iris ou les intellectuels qui revendiquent un rôle d’expert auprès du gouvernement ou de la Cnil participent ; ils réclament un débat public prélude à l’adoption de la carte d’identité biométrique.

Les protestations et les actes de sabotage sont resté isolés, ou n’ont pas eu d’écho.

MALGRÉ TOUT, une vingtaine de personnes a décidé, le 17 novembre dernier, de remettre en cause la présence de ces machines dans notre société, en dénonçant directement l’expérimentation de ces appareils à la cantine du Lycée de la Vallée de Chevreuse (Essonne).

Dans un texte adressé aux lycéen-ne-s, elles ont clairement expliqué la nature de ce refus.

C’est un refus radical. Le tract invite à s’attaquer au contrôle social non pas en tant que dispositif imposé par une minorité à une société par essence libre, mais comme le fonctionnement normal du capitalisme moderne, au travail, au supermarché, dans les transports, devant son ordinateur. Il désigne clairement la biométrie comme une composante parmi d’autres d’un système scientifique et technologique qui est « le premier obstacle à la justice sociale et à la liberté ».

Ces vingt personnes ont peut être ouvert la possibilité d’une opposition réelle à cette nouvelle technologie, en élargissant d’emblée la question à l’ensemble de nos conditions de vie.

Parmi celles-ci, trois comparaîtront aujourd’hui seize décembre devant le tribunal d’Evry. Elles devront répondre de l’accusation de destruction de bien d’autrui, les bornes biométriques ayant cessé d’exister ce jour-là.

NOUS NE NOUS FAISONS PAS D’ILLUSIONS : la biométrie est déjà largement utilisée, dans la gestion des flux internationaux des populations, dans les aéroports et les prisons. Elle est l’aboutissement d’une évolution profonde de notre milieu social : la création d’un milieu artificiel, c’est-à-dire créé par la rationalité marchande et selon ses règles, un milieu où la parole, l’autonomie individuelle et collective n’ont aucun sens, où seuls prévalent les critères de puissance et d’efficacité.

La possibilité même pour les humains de faire consciemment leur histoire est menacée de disparaître une fois pour toutes. Il est donc plus que jamais impératif d’avancer clairement les raisons de notre refus de la biométrie ; avant qu’il ne soit trop tard.

Pour toutes ces raisons, les trois prévenu-e-s ont notre soutien inconditionnel. Ce soutien, dès la fin du procès, se traduira en solidarité concrète en les soulageant d’une partie de leurs frais de justice et en relayant les convictions qu’ils ont exprimées le 17 novembre. Nous espérons ainsi contribuer à la création à brève échéance d’un front d’opposition à la biométrie sur une base radicale.

HONTE À CEUX ET CELLES QUI S’ALARMENT DU SORT DE QUELQUE FERRAILLE NUMÉRIQUE !
MORT AUX ROBOTS !

Collectif contre la biométrie
contrebiometrie@yahoo.fr

Réunion publique
CICP - 21ter rue Voltaire 75011 Paris - M° Rue des boulets
Mardi 10 janvier 2006 - 19H30

Par Blair - Publié dans : articles
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Jeudi 12 janvier 2006 4 12 01 2006 02:06

Ne laissez pas les machines jouer avec les enfants.

 

 (disponible en pdf sur http://infokiosques.net/article.php3?id_article=315]

 

Un pas vient d’être franchi dans la confrontation entre l’homme et la machine en milieu scolaire. Le 17 novembre vingt personnes habillées en clowns sont entrés en chantant dans le lycée de Gif-sur-Yvette. Alors qu’ils exécutaient une saynète, deux dispositifs biométriques contrôlant l’accès des élèves ont été détruits à coups de marteaux. Trois personnes ont été arrêtées, battues par un surveillant et des élèves. Elles seront jugées par le tribunal d’Evry le 20 janvier. Installés en 2004, ces dispositifs biométriques qui associent vérification de la paume de la main et frappe d’un code à sept chiffres n’avaient pas obtenu d’autorisation de la CNIL… peu importe.

 

Cette expérience n’est pas isolée. A Angers, dans une école primaire et un collège,  c’est l’empreinte digitale qui donne accès à la cantine, à Gif sur Yvette, à Sainte Maxime, Marseille ou Carqueiranne les  élèves introduisent leur main dans une machine qui en reconnaît le contour. Qui peut prétendre que prendre la main d’un enfant est un geste neutre ? « Il est apparu que certains élèves associaient la biométrie à des représentations infantiles d'angoisse. Certains petits ont même évoqué la présence d'un monstre à l'intérieur de la machine. Les plus grands rationalisent leur peur, mais ils l'expriment dans des termes assez proches : on a peur de se faire électrocuter en mettant la main dans la machine, par exemple. »

 

 Au lycée Jean Baptiste Dumas à Alès c’est 90 caméras de vidéosurveillance, 104 au lycée J Rostand de Mantes la Jolie associées à un dispositif de gestion des absences par codes barres et stylos optiques.... Les technologies sécuritaires modèlent les espaces dans lesquels toute une génération se construit. Régulièrement, les experts consultés s’inquiètent de leurs conséquences sociales mais ces technologies originaires du milieu carcéral, promues ailleurs au nom de la lutte contre le terrorisme se propagent en milieu éducatif, sans débat, comme si vingt ans de discours alarmistes rendaient inéluctable la transformation des écoles en prisons.

 

Car la logique est bien carcérale. Elle s’ajoute dans les établissements scolaires à la multiplication des injonctions focalisant le rôle des enseignants et de l’institution au contrôle de la présence. Les récents remplacements de courte durée sont un pas de plus dans ce sens : l’important c’est de garder les élèves. Pudiquement,les enseignants regretteront que leur rôle soit de plus en plus limité à de la « garderie ». Mais la garderie est une démarche éducative qui s’appuie sur une formation et ne se limite pas à contraindre un enfant à la présence dans un lieu clos. Par ailleurs, à la différence de son application dans les aéroports, la biométrie à la cantine ne répond à aucune menace. Elle ne vise pas à empêcher une intrusion mais, officiellement, à contrôler la présence que ceux qui devraient être là. « Le principal du collège Joliot-Curie (de Carqueiranne) dit chercher à obtenir une « transparence absolue » : il s'agit de savoir en permanence, et en temps réel, où sont et ce que font les élèves, notamment s'ils mangent ou s'ils ne mangent pas. Dès lors, on ne peut pas s'empêcher de penser au panopticon de Bentham. » Schizophrénie de ces établissements où le développement des visions panoptiques à grands renforts de vidéo, de biométrie et d’alertes par SMS place l’administration au centre quand les textes officiels proclament depuis 15 ans que c’est l’enfant (ou l’élève) qui doit être « au centre » des institutions éducatives et sociales.

 

Avec la logique carcérale c’est le renforcement de la notion de frontière qui se développe par ces technologies. L’entrée des lycées est surveillée, l’extérieur est diabolisé. Les agressions, les vols, les trafics sont liés, dans les discours médiatiques et institutionnels aux intrusions : « on entre dans ce lycée comme dans un moulin ». La biométrie et la vidéo sont supposées protéger des élèves et un personnel vertueux du contact avec une plèbe étrangère. Ce « rêve politique de la peste » de Foucault,

 

on le retrouve dans la diabolisation de l’extérieur, des non-scolarisés ou de ceux qui ont été exclus de l’école ou qui viennent de tel établissement suspect. Ainsi, cette « technologisation de la frontière »de l’école se développe sur un discours xénophobe et éduque ces enfants à la suspicion de l’Autre. Le renforcement narcissique de ces insiders leur rappelle, contrôle après contrôle, leur appartenance à une communauté, par opposition au magma dangereux des outsiders. Pire, elle fait planer comme une menace d’exclusion le risque un jour de ne plus être contrôlé, générant de fait une demande de contrôle de la part des enfants eux mêmes.

 

Le développement de ces technologies marque également la progression des logiques policières à l’école. A cette époque où c’est le ministre de l’Intérieur qui demande une évaluation des ZEP, l’avènement de la vidéosurveillance et de la biométrie au détriment de l’encadrement humain réduisent les possibilités d’intervenir en amont ou pendant les conflits et cantonnent toute réponse à l’a-posterori. Alors qu’un surveillant pouvait intervenir pour tempérer les prémisses d’une bagarre, ou pour séparer, la vidéo ne fait qu’enregistrer un affrontement qui fatalement s’envenime jusqu’à son terme. Elle ne peut alors que témoigner de ses conséquences les plus graves et ne servir que de preuve, lors de l’investigation future. Car, ici encore, c’est bien l’un ou l’autre, l’homme ou la machine tant les moyens humains se réduisent au fur et à mesure que progressent les investissements dans ces dispositifs. Au lycée J. Rostand de Mantes la Jolie, le projet de 104 caméras de vidéosurveillance a ainsi été annoncé le même jour que la suppression d’un poste d’aide éducateur. A Alès, ces personnels ont d’abord été suroccupés à des tâches de bureau, notamment de contrôle des absences avant que les caméras soient installées. A Gif sur Yvette c’est peut être le désarroi de ce surveillant, « obsolète » dirait Anders, au milieu de ces technologies qui l’a poussé à frapper les clowns et à appeler les élèves à les battre. Alors, face au manque de personnel compétent et présent, la réponse qui s’impose aux administrations est policière. Les interventions policières dans les établissements, les patrouilles ou les arrestations se multiplient donc. Loin d’apporter la réponse définitive qu’on nous annonçait médiatiquement, pour certains élèves ce n’est que le retour à des situations d’affrontements quotidiens qu’ils ont appris à gérer : « oh ! la police vous savez, on a l’habitude ». Leurs yeux alors trahissent la déception : ils attendaient autre chose de l’éducation.

 

Ce qui subsiste aujourd’hui de la volonté de préserver une présence humaine pousse les conseils d’administration au recrutement de personnels sans formation, à des postes de vigiles pour un temps limité et de faibles salaires. Le chemin est alors tout tracé pour la privatisation prochaine de ces fonctions. Un enseignant d’anglais du lycée de Mantes remarquait avec tristesse qu’on enseignerait Orwell et Bradbury, écrivains visionnaires des sociétés de la surveillance généralisée, à des élèves lâchés ensuite dans des espaces dont les moindres recoins sont sous surveillance vidéo.

 

Cette avancée vers la privatisation, par ses aspects mercantiles mais aussi par la soumission des références éducatives à celles de l’industrie, est une composante fondamentale de ces processus. Pourquoi dépenser de telles sommes pour contrôler que des enfants mangent, alors même que l’accès à la cantine est un problème financier pour certains ? Pourquoi persister dans la vidéosurveillance lorsqu’une seule année de mise en place suffit à démontrer son inefficacité ? Pourquoi prendre tant de risques avec les implications que peuvent avoir sur ces enfants le contact avec des telles technologies ? Une réponse majeure réside dans les fabuleux budgets publics que représentent ces dispositifs pour les industriels, une autre dans la faculté des établissements scolaires à fabriquer de futurs clients pour ces secteurs.

 

Le livre bleu rédigé par le GIXEL (Groupement des industries de l’interconnexion des composants et des sous-ensembles électroniques ) à destination du gouvernement contient cet impayable passage à la rubrique « Acceptation par la population » : «  La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles.

 

Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie.

 

Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :
Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants.
 

 

 Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo » Ceux qui sont familiers des méthodes de relations publiques reconnaîtront les stratégies de communication des firmes de l’agroalimentaire pour faire accepter les OGM.

 

La pression exercée sur les établissements pour une course à l’équipement (budgets spécifiques, limites dans le temps, débats bâclés…) les pousse à accepter des équipements sans mesurer les impacts de leur utilisation banale et encore moins ceux de leurs dysfonctionnements. Or, pour des documents aussi sensibles que les passeports biométriques américains, par exemple, The Economist notait que le système de reconnaissance adoptée échouerait à identifier une personne sur dix et que « les fausses alertes pourraient devenir la norme ». Faute d’être cryptées, les données des puces incluses dans les passeports pourraient être lues à distance et donc permettre le vol d’identité. Malgré tout l’investissement réalisé, les constructeurs promettent rarement une sécurité absolue (« taux d’erreur de 0,0001 % », «  ne fonctionne pas au-dessous de– 8 °C »…) bien vite alors, l’humain est appelé en renfort pour composer un code secret, surveiller un écran… en périphérique de la machine.

 

Pourtant, les défaillances de ces technologies nous intéressent peu. Leur bon fonctionnement nous paraît déjà une défaite de la relation éducative dans son ensemble.

 

La CNIL rappelle fréquemment dans ses pathétiques tentatives de contrôle que l’usage de ces technologies doit être contraint par la « proportionnalité » entre l’exigence de contrôle et le processus utilisé et que chacun a « droit à l’oubli » ; les enregistrements sur « listes noires » et autres fichiers doivent pouvoir être effacés. Ce droit à l’oubli, fondement du droit est aussi un fondement de l’éducation. La relation avec l’enseignant est pour l’enfant un temps à l’abri, un temps de confiance ou la compréhension peut suivre l’erreur et permettre qu’on « oublie tout », qu’on « ferme les yeux pour cette fois », renvoyant l’enfant, lavé, à la possibilité de se racheter, de progresser.

 

La place de cette relation, entre humains, recule à mesure que progresse l’œil froid de la machine qui vient conforter une pénalisation de rapports éducatifs dont la référence est la délirante théorie de la « vitre brisée » fondement des politiques de tolérance zéro. Si « qui vole un œuf, vole un bœuf » ou « qui brise une vitre ouvrira le feu au fusil automatique ou dealera la cocaïne au kilo » alors sur les actes banals de l’enfance qui étaient source d’apprentissage bienveillant de la norme s’abattra une répression automatisée, implacable et démesurée véritable « pédagogie noire ». Le rapport parlementaire Benisti, sur la « prévention de la délinquance » qui préconise la création d'un "système de repérage et de suivi des difficultés et des troubles du comportement de l'enfant" mis en place non seulement dans les établissements scolaires (de la maternelle au lycée), mais aussi dans les crèches montre les liens qui peuvent exister entre une vision politique de l’enfance, une pathologisation de la délinquance et ces technologies hors de contrôle.

 

L’enregistrement préalable des paumes de main des élèves est appelé « l’enrôlement » et l’administration appellerait en début d’année ces enfants à se « soumettre » à la biométrie. Est-il ironique de rappeler que la déclaration universelle des droits de l’Homme dans son article 26 lie l’éducation à la liberté lorsqu’elle proclame : « L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. » Comment imaginer former des hommes et des femmes libres, usagers de leurs libertés et familiers de celles-ci si on les familiarise dès l’enfance aux chaînes, fussent-elles numériques et modernes ?

 

L’action du 17 novembre sur les deux dispositifs biométriques du lycée de Gif-sur-Yvette, a peut-être simplement remis ces machines à leur place et nous donne une occasion unique de réfléchir au tournant que prennent les politiques de l’enfance, qu’elles soient éducatives, sociales ou judiciaires. Qu’a-t-on à gagner dans la course à la soumission des enfants et des personnels à des technologies qui les déshumanisent et les cantonnent à des rôles d’automates apeurés, de périphériques, et leur font perdre tout le génie et la créativité de leur humanité ? Jusqu’où sommes nous prêts à sacrifier cette génération au Moloch de la technologie et du marché ?

 

Jean-Philippe JOSEPH

 

Professeur agrégé d’Economie Gestion

 

Président d’une crèche, halte garderie parentale en zone d’éducation prioritaire.

 

Christine ROJEWSKI

 

Professeur agrégée de Physique appliquée

 

Jean-Pierre JOSEPH

 

Directeur de maison d’enfants à caractère social

 

Références :

 

-Xavier Guichet : « Manger sous surveillance, L'usage d'une technique biométrique pour le contrôle d'accès à la cantine scolaire »

 

-Idem

 

 

 

-Loi du 10 juillet 89 d’orientation sur l’éducation, loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médicosociale.

 

 

 

-Philippe Bonditti« Technologisation de la frontière : vers un état de peste généralisé ? », Chantiers Politiques, ENS, Paris, n°2, Oct. 2004

 

 

 

- « Livre bleu, grands programmes structurants, proposition des industries électroniques et numériques », juillet 2004 

 

 

 

 

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Jeudi 12 janvier 2006 4 12 01 2006 03:16

Arguments contre la biométrie

INES, passeport, et installations communes…

Ceci est un outil de travail, avec des développements limités au minimum, et avec le plus de factualité possible.  Tous ces arguments ne seront pas également pertinents aux yeux de tous, mais il s’agit là d’un faisceau qui voudrait montrer tout ce que soulève la biométrie en termes de basculements sociaux et d’atteintes aux libertés les plus élémentaires. Après avoir mis en ordre cette liste non exhaustive d’arguments contre la biométrie, nous restons stupéfaits que celle-ci ne soit pas restée confinée aux cerveaux et laboratoires des chercheurs. Nous pensons que le simple fait que des machines biométriques soient en fonctionnement dans certains secteurs de la société (écoles, aéroports, entreprises, prisons et autres bâtiments publics) sans qu’il n’y ait eu de débat public de fond sur la question, constitue déjà une atteinte grave à la notion de société libre. Nous pensons aussi que le problème de la biométrie est trop souvent abordé sous l'angle de l'atteinte à la vie privée, alors qu'il faut surtout placer cette technologie dans un contexte social et dans des problématiques de pouvoir plus larges. Mais trêve de bavardages, voici les arguments les plus évidents :

1 – L’empiètement sur la vie privée


-Le problème des bases de données


On assiste avec la biométrie à  un phénomène coûteux (4000 euros dépensés par un établissement scolaire pour un appareil censé réguler les flux d’une cantine, pour ça il n’y a pas de pénurie budgétaire).


La constitution d’une base de données biométriques est irréversible (cf. [13]), et l’excuse des destructions régulières des données n'est pas valable : ces destructions sont soit onéreuses en temps ou en personnel, soit fallacieuses


Ces bases de données sont dangereuses : elles peuvent être recoupées avec d’autres bases à des fins bassement commerciales, policières ou voyeuristes (cf. [14,27]). De plus, depuis la loi du 06/08/04 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, les pouvoirs de la CNIL ont été grandement diminués et la nouvelle direction se montre laxiste dans ses recommandations (cf. [26, 27]).


Un identifiant biométrique est unique, universel et d’une grande longévité, à l’instar des tatouages utilisés pour les animaux, et à la différence d’une carte, d’un numéro, d’une adresse, d’une photo, etc. Ces techniques impliquent une suppression du droit à l’oubli (cf. [22] p.8), on reste marqué à vie par les « erreurs » de son passé, tout changement d’orientation sociale est rendu plus difficile.

 
On n’insistera pas ici sur les défaillances reconnues de la technologie biométrique (cf. [18,24]), et sur les falsifications possibles d’identité (obligation de se faire opérer pour retrouver son identité volée) (cf.. [8,9,17,26]) .


 

-Une surveillance permanente


Evidemment la biométrie implique une perte d’intimité, dans nos rapports aux autres, dans nos déplacements, mais aussi dans notre rapport au corps. 
 


L’atteinte à la liberté de circulation est claire: elle repose non seulement sur nos mouvements mais sur la perception que nous en avons. Je n’ai pas à rendre des comptes quant à là où je vais, et les arguments disant que les données ne seront consultées qu’en cas de délit sont fallacieux : si je suis suspecté ou si je suis dans un endroit où d’autres personnes se trouvent, mes données seront consultées. Des bornes de surveillance qui jalonnent de mes déplacements sont incompatibles avec la liberté de circulation. Les citoyens sont suspects a priori puisqu’ils ont à enregistrer leurs moindres agissements (cf. [27]). 
 


Les systèmes biométriques conduisent à une « société des traces » sans anonymat, car il est aisé de savoir où est et que fait chacun grâce à quelques clics. C’est une demande de justification permanente. C’est pesant et illégitime (cf. [23] p.7-9). 
 


2 - La biométrie et ses rapports avec l’histoire 
 

 

-Le lien avec la criminologie


La biométrie n’est qu’un terme high tech pour désigner l’anthropométrie (à savoir la mesure des corps humains à des fins criminologiques et policières) du début du siècle (le bertillonnage). La pratique est strictement équivalente au marquage au fer rouge des criminels au XIXè, aux notables différences près :  

 

  que les avancées technologiques la rendent moins douloureuse 

  qu’elle est vouée à être appliquée à l’ensemble de la société (cf.. [1]).

  

 

On passe d’un monde où les criminels étaient fichés à une société où ceux qui ne seront pas fichés seront des criminels. (cf.. [1,22] p.3)

  

 

-Le lien avec les régimes concentrationnaires


On est en plein dans la logique qui a permis la déportation : ce fichage qui permet de repérer celles et ceux qui auraient l’identité du discriminé. C’est la porte ouverte aux discriminations en tout genre [21]. Toute personne sensée retient pourtant de l’histoire l’instabilité des régimes : aux états de droit succèdent les dictatures (cf. [19,25,26,28]), et la moindre des choses est d'exiger des états de droit de ne pas pré-mâcher le travail d'une dictature. La biométrie rend quasiment impossible toute contestation en acte et se trouve à la pointe d'une logique de contrôle globale que rien ne semble aujourd'hui pouvoir freiner (cf. [1]).

  

 

La biométrie n’est ni plus ni moins qu’une mise en bétail d’un peuple : le corps suffit à justifier de l’identité, comme pour les troupeaux de chèvres et, malheureusement, comme dans les camps de concentration (cf. [1,25]).


La volonté d’infliger un sentiment perpétuel de surveillance est un mécanisme central sous les régimes nazi et soviétique. Point.


3 - Une logique d’imposition : l’impossible « démocratie technicienne »

   
-La propagande technicienne


Les « Débats citoyens » et conférences viennent toujours après les applications (cf. OGM, nucléaire...). Comment peut-on tester la biométrie sur des mineurs, alors que presque tout le monde ignore ce que c’est et ce que cela implique ? (cf. [26]).


Il n’y a aucune transparence sur les projets de recherche, et les informations sur les projets de loi sont très difficiles à trouver. Alors que ce projet vise à imposer la transparence totale des individus aux yeux des pouvoirs en place (cf. [26,27]). 
 


On assiste à une pression (cf. [20]) des lobbys industriels (cf. [5 p.35]) auprès des pouvoirs publics et auprès des « clients » comme les établissements scolaires qui sont démarchés par des VRP jouant sur l’absence de législation (cf. [10]) et sur des arguments marketing (« ça fait James Bond ») (cf. [5,24]).


On assiste à des tests grandeur nature sur des enfants. Il y a une volonté d’habituer les populations dès le plus jeune âge et de tester ces pratiques sur des groupes qui peuvent difficilement se défendre et se faire entendre : rappelons que les autres cibles sont les prisonniers (cf.. [11, 5 p.34]). 
 


C’est la course aux faux arguments : commodité, rapidité, économie, meilleure gestion des flux. La fausseté de ces arguments publicitaires et technofanatiques a déjà été dénoncée (cf. [16, 31]). 
 


Quand bien même, la simple rationalisation des organisations ne peut pas tout justifier : dans ce cas, pourquoi ne pas demander à tous les travailleurs d’habiter dans leur lieu de travail, aux élèves de rester tout le temps à l’école ? La « praticité » est un faux argument (cf. [2, 16, 27]).


-La propagande de la peur (la systématisation de l’anti-terrorisme)


Avec ces dispositifs, ce ne sont pas les terroristes (soulignons encore une fois que les terroristes choisissent des exécutants sans casier judiciaires et peuvent déjouer n'importe quels systèmes de sécurité) qui sont touchés, mais bien tous les autres qui sont fliqués (cf. [26,27]).



On ne peut pas faire payer à la société tout entière le fantasme anti-terroriste en la soumettant à tout ce que la biométrie implique en termes de privations de libertés et d’intimités (cf. [1,26,27]).


Enfin, et surtout, il nous semble que l'anti-terrorisme, loin d'être une simple pratique ponctuelle, est devenu une forme de gouvernement trop peu interrogée et trop peu combattue.

 

 
-On accepte une chose, et tout le reste arrive

 

 

Cette technique en appelle d’autres similaires, et nous entraîne vers une systématisation du rapport social à la machine (cf. [13]) : la biométrie va déjà avec la vidéosurveillance et les cartes à puce sans contact, qui, elles-mêmes, se greffent à d’autres « nouveautés » comme les micro-puces sous-cutanées et le repérage GPS. En acceptant la biométrie, c’est un système technique en entier que nous approuvons sans vraiment pouvoir nous le représenter. (cf. le cas de Newham, banlieue de Londres [8])


4-Machine et logiques de contrôle : le renoncement à un monde qui s’élabore entre humains et par les humains 


-Le dispositif de contrôle comme symptôme d’une vision appauvrie de la société, des liens et des individus


Avec la biométrie, on a affaire à des machines qui viennent relayer un idéal de contrôle impossible à réaliser par des hommes sans médiation technologique (cf. [26]). C’est une volonté non pas civique mais bureaucratique qui voudrait que chacun se comporte comme un rouage d’une machine efficace, et puisqu’il est impossible que des humains s’adonnent à un tel idéal mécanique, les pouvoirs en place utilisent les machines pour tenter d'instituer ce système social (cf. [1, 2]).


Il s’agit d’une logique policière de socialisation (cf. [29,31]) : la condition de mon appartenance à la société consiste à répondre à l’exigence des autorités policières de connaître chacun de mes déplacements, mes activités, et de leur avoir remis une partie de mon corps (cf. [15]). Ceci enterre toute conception de la société fondée sur le contrat, le pacte, ou simplement la confiance, mais surtout, le rôle de la reconnaissance inter-personnelle à l’intérieur d’une communauté (cf. [7,32]).


La machine sert de prétexte à une surveillance élargie (n'importe quand par n'importe qui). Le panoptisme est justement ce système où la surveillance permanente en vient à être intégrée inconsciemment, afin d'inhiber le moindre comportement imprévisible et spontané (cf. [33]). 
 


-Une logique binaire de contrôle (oui ou non) qui vient remplacer les échanges sociaux


C’est le signal d’une impossibilité de négocier avec quiconque : il est encore plus pénible de s'arranger avec une machine qu'avec son patron, je ne peux plus utiliser ma parole comme garantie. Dans le cas d’enfants ou d’adolescents, la biométrie implique un apprentissage de l’autorité qui passe de moins en moins par des figures humaines mais par une transaction sans discussion, des décisions non pas réfléchies mais signalétiques (cf. [2]).


On interdit les arrangements avec le collègue, ou l’ami : on en arrive à une absence de jeu social. Si je dois être présent physiquement pour passer les contrôles biométriques, je ne peux pas échanger mes droits : par exemple refiler ma carte de cantine à un copain quand je suis absent, ou moduler mon emploi du temps avec mes collègues de travail. La réduction de l’identité au biologique/physiologique ne permet plus de fluctuations des devoirs, et nous oblige à nous régler sur des exigences qui ne proviennent plus d’un humain ou d’un groupe mais d’un langage binaire (cf. [32]).

 

 


Références :

[1] M. Noiriel, Audition par la CNIL, 15/02/2005. cf.www.cnil.fr/fileadmin/documents/approfondir/dossier/CNI-biometrie/CRAUDITIONNOIRIEL.pdf

[2] Xavier Guchet, Manger sous surveillance, 13ème colloque de CREIS, 2004.

cf. http://www.creis.sgdg.org/colloques%20creis/2004/Guchet.htm

[3] CRAIPEAU, Sylvie, DUBEY, Gérard, GUCHET, Xavier, Février 2004, Rapport final, projet incitatif GET 2003 : La biométrie : usages et représentations.  

[4] Blue Eye Video ou Thalès conçoivent et vendent déjà des systèmes de détection automatique de comportement suspect, ou de reconnaissance de visages fichés.

 [5] GIXEL, Livre Bleu (Assises 2004).cf. http://gixel.veloce-it.net/Portal_Upload/Files/ASSISES%202004/Livrebleu.pdf  

[7] Alain Weber, responsable de la commission Informatique et Libertés de la Ligue des droits de l’homme, in L’Express du 05/09/2005.

[8] Estelle Dumont, ZDNet le 25/09/2001, la surveillance par biométrie entre fantasme et réalité. A Newham est expérimenté un système de reconnaissance des « comportements suspects » combiné au système de vidéo-surveillance.

[9] Rupert Goodwins, ZDNet du 17/05/2002, De la gélatine alimentaire pour berner les protections biométriques.

[10] Cyrille Louis, Le Figaro 12/06/2003, La France entre dans l’ère biométrique.

[11] Thierry Dupont, Transfert.net 01/07/27003, La biométrie légalisée dans les prisons françaises.

[13] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphe 10.

[14] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphe 12 et 63.

[15] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphe 26.

 [16] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphe 27 et conclusion paragraphe 3.

[17] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphes 29, 31 et 36.

 [18] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphes 30.


[19] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphes 50.

[20] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphes 58.

[21] Conseil de l’Europe, 2005, Rapport d’étape sur l’application des principes de la convention 108 à la collecte et au traitement des données biométriques, paragraphes 74.

[22] Seuls les hors-la-loi auront une vie privée. cf. http://www.vie-privee.org/comm312

[23] Ph. Andrieu et O. Gamet, Biométrie : une sécurité accrue au détriment des libertés individuelles.cf. www.droit-tic.com .

  [24] Jean-Marc Manach, Transfert.net, 30/09/2003, Un expert du gouvernement dénonce les faux espoirs de la biométrie, Dans un article d'une revue du CNRS, Philippe Wolf, l'un des responsables de la DCSSI, instance gouvernementale chargée de la sécurité informatique en France, estime que "l'utilisation de la biométrie comme moyen d'authentification est à déconseiller"

cf.. http://www.zdnet.fr/actualites/imprimer/0,50000200,39125546,00.htm

[25] Giorgio Agamben, Non au tatouage biométrique, Le Monde du 13/08/04.

[26] Michel Tubiana, président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), et Alain Weber, commission  Libertés et Informatique de la LDH, Audition par la CNIL du 21/03/2005.

[27] Côme Jacquemin, secrétaire général du Syndicat de la Magistrature, Audition par la CNIL du 22/04/2005.  

[28] 04/08/05, Appels de parlementaires contre le projet INES.  


[29] 20/07/2005, Communiqué commun UGFF-CGT, Fédération des finances CGT, syndicat national CGT INSEE, Le projet INES doit être abandonné. 

[30] Marie-Joëlle Gros, Libération du 28/10/2002, Ceux qui montrent patte blanche mangeront.

[31] Alima Boumediene-Thierry et Richard Yung, sénateurs socialistes, www.senateurs-socialistes.fr 

  [32] Meryem Marzouki, fondatrice de l’IRIS et Chargé de Recherche au CNRS, cf. http://www.iris.sgdg.org/

  [33] Michel Foucault, Surveiller et Punir et Sécurité, territoire et population.

 

 

 

Par Jojo - Publié dans : articles
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