Les directeurs sécurité encore frileux à l'égard de la biométrie

Publié le par Coordination contre la biométrie


L'adoption de la biométrie pose toujours question dans les grandes entreprises. Les fortes contraintes de mise en ½uvre, dont l'autorisation CNIL, combinées à une efficacité perfectible freinent les directeurs sécurité.


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La biométrie a-t-elle enfin la cote dans les entreprises ? Les fournisseurs de solutions tendraient à répondre par l'affirmative. Qu'en est-il des directeurs de sécurité utilisant déjà ces technologies dans leur organisation ou en étudiant encore l'opportunité ? Le Club des Directeurs de Sécurité des Entreprises (CDSE) a directement posé la question à 50 directeurs sécurité d'entreprises du SB120.

Objectif de l'étude : cartographier les usages et dégager les facteurs bloquants dans la mise en place de systèmes de reconnaissance biométrique (empreintes digitales, réseau veineux, forme de la main, voix, etc.). Premier constat : la biométrie n'est pas incontournable au sein des grandes entreprises puisque seulement 35% d'entre elles y ont recours (à grande ou petite échelle).

Parmi les 65% d'entreprises n'en faisant pas usage, cette technologie d'authentification et d'identification n'a semble-t-il pas encore les faveurs des directeurs sécurité. Seuls 18% d'entre eux l'envisagent ou l'expérimentent, sans toutefois d'objectifs précis. 59% déclarent ne pas en avoir envisagé le déploiement jusqu'à présent.

Les entreprises utilisatrices de solutions biométriques quant à elles en font majoritairement une exploitation ciblée. Mais la tendance pourrait toutefois basculer vers une extension. Ainsi aux 44% disposant d'un système généralisé pourraient bien s'ajouter les 33% d'entreprises dont le recours à la biométrie est ciblé mais déclarant qu'une généralisation est envisagée. 33% enfin n'envisagent pas d'extension d'une exploitation pour le moment restreinte à la protection "d'infrastructures sensibles à forte valeur patrimoniale".

Si la biométrie est souvent présentée comme une technologie fiable et de nature à répondre aux problématiques de sécurité des Etats comme des entreprises, la réalité semble être autre insiste l'étude du CDSE. "Notre enquête révèle cependant que le marché est loin d'être aussi florissant. En effet, en ce qui concerne les utilisations commerciales ou industrielles de ces techniques, les difficultés inhérentes à la mise en place des systèmes biométriques sont nombreuses", explique le CDSE.

Les directeurs sécurité interrogés avancent plusieurs raisons à l'inertie de la biométrie. La première, invoquée par 46% des sondés, tient aux contraintes réglementaires liées à la mise en place (CNIL). Tout déploiement biométrique est en effet soumis à l'autorisation de la commission nationale de l'informatique et des libertés. Une procédure allégée est toutefois possible pour des cas spécifiques.

C'est le cas pour le contrôle d'accès salariés, visiteurs et dans les cantines par biométrie du contour de la main. Il en va de même pour le contrôle d'accès des salariés et visiteurs par empreintes digitales à condition que les éléments biométriques soient stockés sur un support individuel. Les déclarations CNIL ne sont cependant pas les seules formalités à remplir. La mise en œuvre passe également par l'information impérative des employés et du comité d'entreprise (à défaut des délégués du personnel et personnes concernées).

Mais la technologie elle-même doit encore faire ses preuves pour les directeurs sécurité. Ils sont en effet 24% à remettre en cause son efficacité. Critique majeure : le taux d'erreur jugé problématique pour les structures accueillant des personnels nombreux et où les salariés polyvalents sont amenés à intervenir sur plusieurs sites. L'étude cite l'exemple du complexe aéroportuaire de Roissy.  Avec 48 millions de passages contrôlés par biométrie chaque année, un taux de rejet même de 0,2% se traduirait en moyenne par 270 refus de voyageurs légitimes par jour.


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Les coûts des infrastructures biométriques sont également considérés comme un facteur bloquant à leur adoption. Compte tenu de la durée de vie de ces systèmes et de leur efficacité encore perfectible, les directeurs sécurité estiment la facture encore trop lourde. Ils sont enfin sensibles, dans une moindre mesure (12%), au problème éthique et au ressenti du personnel. La mise en œuvre de la biométrie passe en effet, outre la technique, par un questionnement sur les relations de travail et les droits des salariés.

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